William Kamga, danseur sans frontières


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Né au Cameroun, ce touche-à-tout qui s’est découvert danseur sur le tard a dansé pour les plus grands chorégraphes, dont Maurice Béjart. A 30 ans tout juste, William Kamga a décidé d’arrêter pour devenir éducateur sportif.

Sa gestuelle est tout en cadence, comme s’il allait exécuter un piqué, un porté ou une arabesque. Elle laisse deviner une certaine légèreté et une souplesse qui contrastent avec un gabarit de videur, dont la musculature est soulignée par des habits près du corps. Ses mouvements de bras sont précis. Il n’y a pas d’à peu près. C’est ça ou ce n’est pas ça. « La vie est un casting, on fait des choix », assène-t-il en affectant un air distant quelque peu feint, voire étudié, à la fin du dîner, qu’il a avalé froid. Comme si William Kamga cherchait à justifier un parcours sans faute. Comme si il voulait « normaliser’ un itinéraire peu ordinaire dans le carcan du racisme ordinaire.

Une trajectoire comme dans un rêve

Il faut dire que dans la galerie des portraits d’immigrés, le sien serait accroché dans la rangée de ceux qui rappellent que les ambitions personnelles d’un adolescent Noir ou afro sont aussi réalisables que celles d’un gamin occidental, malgré les embûches ou les chausses-trappes semées ci et là. Né au Cameroun, dans une famille certes « bourgeoise », William Kamga s’est joué de certains codes arrêtés de sa caste, qui veulent par exemple qu’on poursuive de « longues » études, pour finir avocat, médecin, enseignant ou encore haut fonctionnaire. Il a damné le pion à la reproduction sociale, omniprésente dans les pays africains, qui voit le fils de ministre finir ministre et ainsi de suite.

William Kamga en cinq dates:1979 : naissance de William Kamga à Yaoundé au Cameroun

1997 : il intègre le ballet national du Cameroun

2004 : il s’installe à Génève

2006 : il est retenu par Maurice Béjart pour « Ainsi dansait Zarathoustra »

2009 : il suit une formation diplomante d’éducateur sportif au centre régional d’éducation populaire et de sport (Creps)

Danseur né

Quand ses parents le croient à l’école, lui découvre et succombe aux pas des danses africaines, encouragé par sa marraine. « Ma marraine contribuait à une émission de télévision (Délire) sur la découverte de jeunes talents. C’est elle qui m’a motivé. Elle m’a poussé », raconte-t-il. Sous ses conseils, il auditionne très vite pour des compagnies locales et abandonne définitivement les bancs d’école sans décrocher le Bac. « Quand j’ai annoncé la nouvelle à mes parents, ils n’ont pas du tout apprécié. Imaginez-vous dire à votre père que vous ne passez pas votre Bac parce que vous allez danser », sourit-il désormais. Il a 19 ans quand il rejoint le ballet national du Cameroun. Un an plus tard, il décroche le rôle titre.

Maurice Béjart

La consécration ne tarde pas. Elle intervient en 2006. Alors qu’il vient de s’installer à Paris après une parenthèse à Génève où il faisait les choeurs dans un groupe musical et donnait des cours de danse, William Kamga auditionne pour l’une des dernières créations du célèbre chorégraphe Maurice Béjart, « Ainsi dansait Zarathoustra ». A sa grande surprise, il est retenu. « Nous étions plus de 300. Je ne pensais pas que je serais pris », repète-t-il, gagné de nouveau par l’émotion quatre ans après.

« J’étais naturel, je n’ai fait que trois pirouettes. Je pense qu’il (Maurice Béjart) regardait avant tout ta manière de bouger, d’être toi, ce que tu reflètes, l’énergie que tu peux dégager », tente-t-il de convaincre. Comme si ce souvenir, apogée d’une carrière entamée tambour battant dans son pays natal, relevait encore du domaine des rêves. « Le but était d’aller plus loin », poursuit-il. « Faire partie des cinquante danseurs sélectionnés par celui qui a affranchi, en Europe, le corps dansant, des carcans du ballet classique » va lui ouvrir grandes les portes du milieu.

Alvin Ailey American Dance Theater

Après soixante-dix-sept spectacles sur les scènes aussi prestigieuses que le Palais des Sports à Paris, William Kamga a « l’honneur » de se produire en première partie des soirées spéciales réservées à la célèbre compagnie noire américaine Alvin Ailey American Dance Theater dans le cadre du festival des Etés de la danse de Paris en 2006. Partager la scène avec Alvin Ailey, qui allie chants, prouesses physiques et danses avec une pointe d’humour, couronne un parcours, qui l’a vu faire quelques incursions sur les podiums de la mode.

De son passage chez Béjart, William Kamga dit avoir appris le professionnalisme. « On s’en foutait des humeurs des uns et des autres, seule la danse comptait », se remémore cet amateur de « luxe et de chic », qui a fait de sa réussite professionnelle une « priorité ». Mais « je ne sais pas si je veux danser toute ma vie », lance-t-il néanmoins…

En attendant de trouver une réponse, il a amorcé une reconversion. Il veut devenir éducateur sportif. Pour ce faire, il a passé un concours et suit actuellement une formation diplomante. « C’est un ami qui m’a convaincu », confie-t-il. De 8h à « tard le soir », il alterne cours théoriques et pratiques dans les salles de sport du groupe Vital à Paris. Il s’est séparé de sa fiancée parce qu’elle « m’a demandé de choisir entre elle et mon boulot ». Ses projets: « un solo et une dernière tournée dans les Iles ». Un adieu ?

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