Wade s’oppose au bulletin de vote unique

Adoptée à l’unanimité par les membres de la commission chargée de passer en revue le code électoral, la demande d’instaurer un bulletin de vote unique pour la prochaine présidentielle a été rejetée par le président sénégalais, candidat à sa propre succession.

Longtemps considéré comme le phare de la démocratie en Afrique de l’Ouest, le Sénégal pourrait bien connaître une élection difficile dans quelques mois. Hier, la commission chargée de passer en revue le code électoral a remis son rapport au chef de l’Etat sénégalais. Selon le président de cette commission, les travaux entre représentants des autorités, membres de la société civile et acteurs politiques de tous bords se sont déroulés « dans le respect et la courtoisie, le tout sur fond de consensus ». Lors de la présentation du rapport, le président Wade et son Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, ont cependant rejeté la demande de la commission d’instaurer le bulletin unique pour la présidentielle de février 2012. Les tenants du pouvoir évoquent des problèmes de délai et des risques de « confusion » chez les électeurs. Un nouveau « Waax waxeet » (expression à la mode depuis le revirement d’Abdoulaye Wade sur la recevabilité de sa candidature qui signifie en wolof « j’avais dit, je me dédis ») pour la majorité présidentielle qui avait pourtant initialement accepté l’idée d’un bulletin unique avant de changer d’avis.

Babacar Gaye, porte-parole du parti présidentiel, justifie aujourd’hui la décision d’Abdoulaye Wade dans les colonnes du Quotidien en expliquant que la « révolution du bulletin unique » ne peut se tenir à quelques mois seulement des présidentielles. « On ne change pas les règles du jeu à quatre mois des élections », observe-t-il. Selon lui, modifier ainsi le type de bulletin de vote pourrait provoquer « une déperdition électorale ».

L’opposition crie au « scandale » !

« C’est un scandale ! », juge Ousmane Badiane, président du comité électoral au sein de la coalition d’opposition Benno Siggil Senegaal et membre de ladite commission. « Leurs arguments ne tiennent absolument pas, assure-t-il. Partout en Afrique, au Ghana, au Mali, en Tunisie, au Burkina Faso, en Mauritanie ou en Côte d’Ivoire, les gens votent avec un bulletin unique ! » Les partisans du bulletin unique estiment qu’il permet de réduire les risques de fraudes et de tensions politiques. Aussi, ils soutiennent que le bulletin unique coûte moins cher aux contribuables. Pour eux, le refus d’Abdoulaye Wade n’émane pas du président de la République mais du secrétaire général du Parti démocratique sénégalais (PDS), candidat déclaré à sa propre succession.

« Ils ont peur, soutient Ousmane Badiane. Le pouvoir n’est pas dans la logique d’organiser une élection transparente, il prépare un système de fraudes massives à grande échelle. » Refus d’adopter un bulletin unique, manque de publicité autour de la période du contentieux électoral qui vient de s’achever, « rétention » des cartes d’électeurs, les griefs de l’opposition et de la société civile contre l’Etat sont nombreux. Amadou Daff, coordonnateur général du Cadre de lutte et d’action pour la régularité et la transparence des élections (Clarté Dey Leer), structure dont la vocation est de veiller à la régularité et à la transparence des prochaines échéances, estime que le rejet d’Abdoulaye Wade est une « décision antidémocratique ». « Les Sénégalais votent depuis 1842, rappelle Amadou Daff. Évoquer un problème de confusion ou de délai n’a aucun sens. Je suis convaincu que ce rejet cache une volonté de fraude. » Avant d’ajouter : « Puisque la négociation ne fonctionne plus, seule la confrontation politique pourra ramener Wade à la raison ». Les citoyens sénégalais espèrent encore une élection libre et transparente. Une élection apaisée sans doute plus.