Voter en temps de guerre

Alphonse Maindo, maire de Kisangani, raconte une expérience politique originale en République démocratique du Congo. Dans son livre, publié chez l’Harmattan, il relate l’aventure d’une élection démocratique en temps de guerre. Une aventure qui a pris fin après l’occupation de Kisangani par la rébellion. Passionnant !

Quand feu Kabila entre à Kisangani, la population l’accueille en héros. Elle manifeste sa joie de se débarrasser de Mobutu dans la rue. Kabila a pris la ville sans un coup de fusil. La corruption et la pauvreté ont irrémédiablement coupé la population des notables mobutistes. Voulant réinstaller la confiance et renouveler le paysage politique, Laurent-Désiré Kabila instaure des élections démocratiques.

Même les mobutistes sont invités à y prendre part. Jeune homme fraîchement diplômé, Alphonse Maindo se présente. La population urbaine, réunie en agora, vote à main levée pour les candidats. C’est bien ainsi que s’est déroulé le vote, faute de moyens financiers et de logistique. Alphonse Maindo est désigné bourgmestre (maire) de Kisangani. Il prête serment devant Kabila. La nouvelle équipe s’attèle à créer une démocratie locale dans un pays en guerre.

L’armée et la démocratie

Le maire entendait instaurer une démocratie participative. Fervent militant des Droits de l’Homme, il use de ses prérogatives municipales pour asseoir la démocratie à Kisangani. L’armée qui croyait avoir à faire à un pantin de plus a dû déchanter. Alphonse Maindo prenait son travail au sérieux. Résultat : arrestation et passage à tabac par des militaires congolais et rwandais, qui filaient à l’époque, en 1997, le parfait amour.

Pirogue, bateau et avion. Quand les rebelles du Rassemblement démocratique du Congo, aidés par l’armée rwandaise, prennent Kisangani, le maire a dû se déguiser et emprunter tous les moyens de transport pour rejoindre Kinshasa. La parenthèse démocratique est fermée. Pourtant, cette aventure a le mérite de démontrer qu’une démocratie est possible. Même en temps de guerre. Le livre, document historique, est à lire d’urgence et à méditer. Le rêve d’une Afrique démocratique n’est pas éteint.