Violences 2021-2024 au Sénégal : les familles de victimes dénoncent la lenteur judiciaire


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Violences au Sénégal
Violences au Sénégal

Au Sénégal, les familles des victimes des violences politiques réclament justice. Des manifestations ont eu lieu à Dakar et à Ziguinchor pour dénoncer la lenteur des procédures. Les organisations de défense des droits humains appellent à des enquêtes approfondies et à des poursuites.

Plusieurs collectifs de victimes se sont mobilisés ce samedi dans différentes villes du Sénégal. Ils dénoncent l’absence d’avancées concrètes dans les enquêtes liées aux violences survenues entre 2021 et 2024. Selon les organisations de défense des droits humains, ces événements ont causé la mort de dizaines de personnes. Les manifestants demandent désormais que les responsabilités soient établies et que la justice accélère le traitement des dossiers.

Une procédure judiciaire jugée trop timide

Malgré les promesses de rupture et de justice portées par les nouvelles autorités, le sentiment d’un surplace généralisé domine chez les manifestants. Djibril Diaw, porte-parole du collectif des familles de victimes, a symboliquement égrené les noms des disparus devant une foule recueillie. Il a rappelé que derrière les chiffres se trouvent des vies brisées. Pour Seydi Gassama, directeur de la section sénégalaise d’Amnesty International, les quelques auditions menées en octobre dernier au niveau de la section de recherches n’étaient qu’un trompe-l’œil. Le but était d’apaiser les tensions sans réellement engager de poursuites.

Le constat est d’autant plus amer pour les victimes résidant en province, notamment à Saint-Louis ou Ziguinchor. Ici, aucun témoin n’a encore été entendu par les enquêteurs. Du côté du gouvernement, on invoque la complexité technique des dossiers et les incertitudes entourant la loi d’amnistie de 2024. Pourtant, le Conseil constitutionnel a récemment tranché en rappelant que les crimes de sang demeurent imprescriptibles. Cette décision ferme ainsi la porte à tout effacement juridique des faits les plus graves.

Le front contre le destin international de Macky Sall

Au-delà de la scène judiciaire nationale, la mobilisation a pris une tournure diplomatique. Les manifestants, parmi lesquels figuraient de nombreux blessés et des rescapés d’actes de torture présumés, ont exprimé une opposition farouche à la candidature de l’ancien président Macky Sall au poste de secrétaire général des Nations unies. Pour Pape Abdoulaye Touré, figure emblématique de la contestation, voir l’ex-chef de l’État accéder à une telle fonction internationale serait une insulte à la mémoire des victimes.

L’incompréhension est totale chez ces militants qui voient en l’ONU le dernier rempart de l’espoir et de la dignité humaine. Ils estiment que confier les clés de l’organisation mondiale à un homme dont le bilan est entaché de « crimes de sang » saperait définitivement la crédibilité de l’institution. Cette opposition ne compte pas s’arrêter aux frontières sénégalaises. Les organisateurs ont prévu d’intensifier leur plaidoyer auprès de la communauté internationale.

La menace d’une saisine de la Cour pénale internationale

Face à ce qu’ils perçoivent comme un manque de volonté politique sur le plan interne, les collectifs envisagent sérieusement de porter le combat sur le terrain de la justice universelle. Des signalements avaient déjà été déposés en 2023 auprès de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Les plaignants comptent bien relancer cette piste si le statu quo persiste à Dakar. L’objectif est clair : briser le verrou national pour obtenir des procès exemplaires, afin que les épisodes sanglants de ces dernières années ne soient pas simplement classés sans suite dans les archives de l’histoire sénégalaise.

Fidele K
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Fidèle K est journaliste et rédactrice spécialisée, passionné par l'Afrique et ses dynamiques politiques, culturelles et sociales. A travers ses articles pour Afrik, elle met en lumière les enjeux et les réalités du continent avec précision et engagement.
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