Vie chère : Wade dénonce l’« échec » de la FAO et demande sa suppression

Abdoulaye Wade a demandé, dimanche, à Dakar, la suppression de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Une façon pour le président sénégalais de condamner l’institution pour son « échec » dans la gestion de la crise alimentaire qui secoue plusieurs pays du monde. A Rome, où siège la FAO, on ne fait « aucun commentaire ».

« No comment at all ». L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a choisi de ne faire « aucun commentaire » sur les critiques que lui a adressées le président sénégalais. Dimanche, lors d’une allocution radio-télévisée sur la vie chère, Abdoulaye Wade n’a pourtant pas mâché ses mots. « La situation actuelle est largement son échec et les cris d’orfraie n’y feront rien, a-t-il déclaré. Cette institution aux activités dupliquées par d’autres, apparemment plus efficaces (…), est un gouffre d’argent largement dépensé en fonctionnement pour très peu d’opérations efficaces sur le terrain. »

« Bureaucratie lourde et coûteuse »

Un avis que partage en partie le journaliste Ram Etwareea. Dans une analyse publiée sur le site du quotidien suisse Le Temps, il explique que « cette institution censée donner le ton en matière agricole dans les pays où elle est présente, est paralysée dans son fonctionnement depuis plusieurs années ». Un fonctionnement qui tendrait de plus en plus à excéder les donateurs. Ram Etwareea en veut pour preuve que, « pas plus tard qu’en novembre dernier, plusieurs pays, dont la Suisse, ont rejeté le budget 2008-2009 de la FAO et ont juré de fermer le robinet définitivement si des réformes en profondeur ne sont pas apportées à l’institution ».

Des menaces suscitées par un rapport d’évaluation expliquant que la FAO « souffre d’une bureaucratie lourde et coûteuse, d’un contrôle excessif, de doubles emplois, de concentration de pouvoir, de culture rigide, de manque de communication entre les différents étages ainsi qu’entre le siège et le terrain », résume le journaliste. Le siège qui se trouve à Rome (Italie), une localisation qu’Abdoulaye Wade a maintes fois dénoncée. Dans sa déclaration de dimanche, il a précisé que « rien ne justifie sa présence aujourd’hui dans un pays développé ».

« Supprimer la FAO »

Une batterie de critiques pour une sanction sans appel du président sénégalais à l’encontre de la FAO. Reconnaissant « tous les mérites » de son compatriote Jacques Diouf, directeur général de l’organisation, il estime qu’il « faudrait la supprimer ». Il plaide en revanche pour une relocation de son « actif utile » dans une autre institution onusienne : le Fonds international de développement agricole. Abdoulaye Wade juge qu’une telle fusion pourrait donner naissance à un « Fonds mondial d’assistance à l’agriculture avec siège obligatoire en Afrique ».

Abdoulaye Wade et Ram Etwareea sont conscients que la FAO n’est pas seule fautive. Le journaliste rappelle que la Banque mondiale a « usurpé » les fonctions de l’institution « au fil des années », sans assumer « sa responsabilité en matière agricole dans les pays en développement ». « Elle a même graduellement baissé ses investissements dans les cultures vivrières. Ses prêts à l’agriculture et au développement rural ont diminué de moitié entre 1980 et 1990 », poursuit l’analyste, se félicitant que la Banque Mondiale a décidé de privilégier à nouveau la sécurité alimentaire.

Pour sa défense, le directeur général de la FAO, s’il venait à s’exprimer, pourrait expliquer que l’organisation pouvait prévenir mais pas empêcher la crise actuelle. Jean Senahoun, économiste à la FAO, avait en effet expliqué à Afrik : « Nous ne sommes pas un bailleur de fonds mais une organisation qui apporte un savoir-faire technique aux gouvernements. Nous avons le pouvoir de les informer, de les alerter, de leur dire de prendre des mesures ». Ce spécialiste avait ajouté que la FAO avait alerté plusieurs fois les gouvernements sur la crise alimentaire qui se profilait mais que « c’est quand la situation devient ingérable et extrêmement grave et alarmante que les actions sont souvent prises ».