Victor Omar Diop, un photographe loin des clichés


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Soif

Autodidacte doué, Victor Omar Diop a créé la sensation lors de la dernière biennale africaine de la photographie à Bamako avec une série de photos intitulée « Fashion 2112, l’élégance du XXIIe siècle ». Portrait.

Rançon du succès, Victor Omar Diop ne dort plus la nuit. Remarqué lors des 9èmes Rencontres de Bamako, la célèbre biennale africaine de la photographie, le jeune sénégalais mène de front une carrière de chargé d’affaires au sein de la British American Tobacco et sa passion pour la photographie. Lors de sa première participation à Bamako, Victor Omar, 31 ans, a tapé dans l’œil des professionnels. Sa série de photos intitulée « Fashion 2112, l’élégance du XXIIe siècle » est sélectionnée pour l’exposition panafricaine des Rencontres de Bamako, visible jusqu’au 1er janvier dans la capitale malienne. Son travail présente des femmes vêtues de déchets. L’une d’elles porte par exemple une jupe faite de bouteilles plastiques, un bustier en carton froissé et des éponges dans les cheveux. « J’aime travestir les codes visuels », explique le photographe dont le travail se veut « volontairement décalé ».

Ses nuits et ses week-ends, Victor Omar, 31 ans, les passe l’œil rivé dans l’objectif de son appareil photo ou devant son ordinateur à retoucher des clichés. « Lorsque l’on est passionné, on oublie facilement de dormir, sourit l’intéressé. C’est vraiment un plaisir quand tu réussis à mettre en œuvre grâce à des outils comme Photoshop une idée que tu avais dans la tête. C’est de la magie ! » La photographie, il ne la conçoit pas comme un témoignage mais comme « un moyen d’inviter les gens à rêver ».

Issu de la classe moyenne dakaroise, une mère juriste, un père expert-comptable, il part en France boucler une maîtrise de finances et un master en gestion des projets internationaux à la prestigieuse Sup de Co Paris. Embauché par la British American Tobacco, il part vivre à Nairobi puis à Lagos. Rapidement, il quitte la finance pour l’univers beaucoup plus créatif de la communication. De retour à Dakar, il s’achète en avril 2010 son premier boîtier, un reflex numérique Nikon. C’est le coup de foudre !

« Une Afrique qui veut croquer le monde à pleines dents »

Le dimanche, il se balade avec son appareil dans la capitale sénégalaise et prend des photos de paysage. Autodidacte doué, il s’aperçoit très vite que ses clichés plaisent. Il décide alors de partager son univers et ouvre une page facebook. « L’appétit vient en mangeant », confie le Sénégalais. Son travail est à son image. « Grand rêveur », il souhaite peindre une « Afrique jeune, optimiste et qui veut croquer le monde à pleines dents ». D’après lui, le continent africain souffre d’un « déficit d’images positives voire neutres ». Les guerres civiles et la misère, il laisse ça à d’autres. « Certains le font très bien, dit-il. Moi, je veux sortir du carcan du photographe africain qui montre les choses qui ne vont pas. J’ai envie d’avoir une photo plus inattendue. »

Après les paysages, Victor Omar décide de mettre en scène des portraits. « Je me suis lancé comme défi de faire des vêtements avec du recyclé et j’ai appelé une amie, ancienne mannequin », raconte-t-il. Il étend une bâche blanche dans l’arrière-cour de son immeuble et réalise la première photo du projet « Fashion 2112, l’élégance du XXIIe siècle ». Peu de temps après, il se rend compte que son concept colle parfaitement au thème retenu par les organisateurs de la biennale de Bamako baptisé « Pour un monde durable ». Il enchaîne alors les prises de vue et candidate. « J’ai déposé mon dossier le dernier jour à 16 heures, se souvient-il. Je n’y croyais absolument pas. Je me suis presque excusé en donnant mes photos. » La suite, on la connaît. Aujourd’hui de plus en plus sollicité, notamment par le marché publicitaire, Victor Omar n’est pas près de trouver le sommeil.

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