Vers la fin des successions dynastiques en Afrique ?

Gamal Moubarak, qui était pressenti pour succéder à son père Hosni, le président égyptien, pourrait bien devoir renoncer à ses ambition, eu égard à l’actualité mouvementée dans son pays. Au Sénégal, la possibilité d’une candidature de Karim, le fils du président Wade, suscite de fortes réactions d’hostilité. Un rejet qui pourrait s’étendre dans d’autres pays, dont le Congo et la Guinée Equatoriale. Depuis 2001, trois fils de présidents africains ont succédé à leur père.

Les événements actuels en Egypte, où la rue demande le départ d’Hosni Moubarak ont-il bousculé les plans du raïs, quant à l’attribution du pouvoir à son fils? Selon de nombreux observateurs, le président contesté, aujourd’hui âgé de 81 ans, aurait souhaité céder sa place à son fils Gamal, au terme de son dernier mandat qui s’achève cette année. Hosni Moubarak a toujours nié cette éventualité, laissant dire à son entourage qu’il serait candidat à sa propre succession en dépit de son âge avancé. Cependant, de nombreux indices ont montré en fin d’année dernière un positionnement stratégique de Gamal, dans la conquête du pouvoir suprême. Agé de 46 ans, il a été propulsé Secrétaire général du Parti national démocrate (PND), le mouvement politique de papa.
Rassemblés sous le slogan «Gamal, tu es le rêve des pauvres », ses partisans tentaient, en septembre de rassembler 5 millions de signatures pour sa candidature à la présidentielle, à coups de meetings très souvent improvisés, dans les rues du Caire et d’Alexandrie. De son côté, son père Hosni Moubarak s’activait à lui octroyer une stature d’homme politique internationale, notamment en l’associant aux négociations directes entre l’autorité palestinienne et Israël à Washington.

Karim Wade sur les traces de Gamal

L’Egypte n’est cependant pas le seul pays africain où un fils de président souhaiterait user strapontin paternel pour accéder au pouvoir. Le cas de Karim Wade, fils aîné du président sénégalais Abdoulaye Wade, et possible candidat à sa succession a fait couler beaucoup d’encre. Agé de 85 ans, le président arrive au bout de son deuxième mandat, ce qui ouvre droit à de nouvelles élections l’année prochaine. Il a toujours nié vouloir positionner son fils pour lui succéder à la tête de l’Etat. Cependant, dans la réalité, il n’a pas cessé de lui céder des parts importantes de pouvoir. Début octobre, il l’a ainsi hissé à la tête d’un hyper ministère, rassemblant la quasi-totalité des portefeuilles stratégiques : l’énergie, les transports aériens, les infrastructures et la coopération internationale. L’annonce en février 2009, de la candidature de Karim à l’élection municipale à la mairie de Dakar, la plus grosse du pays, avait été analysée comme un galop d’essai, dans sa course à la présidence de la République. « L’intronisation du prince [Karim Wade ; Ndlr] de la République passerait obligatoirement par la prise de contrôle de la mairie de Dakar. Cette étape sera la phase test du hold-up électoral que le pouvoir compte mettre en œuvre pour 2012», analysait alors Sud Online, un journal sénégalais en ligne. Comme pour se préparer à cette échéance, Karim Meïssa Wade avait lancé dès novembre 2006 son mouvement baptisé « Génération du concret ».

Ces fils de présidents prétendants au trône

Dans d’autres chancelleries, les présidents s’activent à positionner leurs rejetons. En République du Congo, les médias présentent souvent Denis Christel Sassou Nguesso, l’un des deux fils du président Denis Sassou Nguesso, comme son probable successeur. Celui-ci s’est cependant jusqu’ici fait remarquer seulement par son train de vie luxueux et sa capacité à dilapider les ressources de son pays. En république Centrafricaine, François Bozizé a propulsé son fils Francis Bozizé au poste de ministre de la Défense. Au Cameroun, Paul Biya au pouvoir depuis 29 ans, a fait de son fils ainé et grand exploitant forestier, Franck son « conseiller particulier ». En Guinée Equatorial, le cœur d’Obiang Nguema, le président miné par la maladie balancerait entre deux de ses fils : Teodorin Nguema Obiang a acquis la réputation bien méritée de flambeur, accusé par le sénat américain dans un rapport de 2004 de mener des transactions douteuses avec une banque du cru. Gabriel Obiang Lima son frère et secrétaire d’Etat aux Mines, à l’Industrie et à l’Energie, aurait la préférence de sa famille et des compagnies pétrolières.

Les cas de succession effectifs

Exception faite des cas prévus par la constitution, comme dans les royaumes du Maroc, du Lesotho et du Swaziland, trois fils de chefs d’Etat ont accédé au pouvoir au cours de cette décennie. Toujours dans des conditions chaotiques. Un peu plus d’une semaine après l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila abattu par l’un de ses gardes du corps, son fils Joseph alors âgé de 29 ans lui a succédé. Début février 2005 au Togo, Faure Gnassingbé est porté au pouvoir dans la confusion qui suit la mort de son père Gnassingbé Eyadema. Deux mois plus tard, il consolide son pouvoir à l’issue d’élections fortement contestées et entachées d’une dure répression policière. En octobre 2009 au Gabon, [Ali Bongo a été investi-> http://www.afrik.com/article17789.html
] à la présidence laissée vacante par son père Omar décédé quelques semaines plus tôt, au terme d’un scrutin dont l’un des candidats, André Mba Obame, continue de contester la régularité.

Pour les futurs prétendants, la tâche ne sera pas moins ardue. La révolte actuelle des populations égyptiennes éprises de démocratie pourrait avoir définitivement compromis les chances de Gamal de succéder à son père. L’annonce de sa probable candidature l’année dernière avait d’ailleurs suscité un puissant mouvement d’hostilité chez ses adversaires. Lesquels, marchant sur les traces de ses partisans avaient défilé dans les rues du Caire et d’Alexandrie sous les mots d’ordre de « Nous ne voulons pas d’une gouvernance héréditaire ! » et de « non à Gamal ! ». Dans l’opinion sénégalaise, les soupçons quant à une éventuelle candidature de Karim Wade suscite les mêmes réactions hostiles. En Libye, Seif al-Islam, le fils Kadhafi le plus politiquement engagé et qui souhaite réformer son pays, doit faire face à une bruyante fronde des caciques du pouvoir. Des signes évidents de la fin de la transmission dynastique du pouvoir ?