Vent de fronde à la FAO

Dès l’ouverture du sommet de l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), les chefs d’Etat africains ont mis les Etats du Nord face à leurs responsabilités. Barrières douanières et subventions agricoles sont montrées du doigt, à l’heure où 800 millions de personnes souffrent encore de la faim.

 » Nous demandons instamment que tous les problèmes qui bloquent notre accès aux marchés du monde développé soient traités  » déclarait lundi le président sud-africain Thabo Mbeki, à l’ouverture du sommet de Rome de la FAO. A la suite de Kofi Annan, les chefs d’Etat africains sont montés au créneau. Comme le Secrétaire général des Nations Unies, ils se sont attaqués au cercle vicieux qui étouffe lentement leurs agricultures.

Barrières douanières et subventions

Paradoxe. L’Afrique a les coûts de production les plus bas du monde, et pourtant elle manque de débouchés pour ses matières premières. Les pays du Nord surproduisent, faisant s’effondrer les cours des denrées, mais ont les moyens de protéger leurs secteurs agricoles à grands renforts de subventions. Et pour garder la mainmise sur leurs marchés intérieurs, ils n’hésitent pas à surtaxer les produits d’importation. Résultat : l’agriculture africaine périclite, faute d’un marché intérieur suffisant, étouffée par les barrières douanières.

De l’autre côté de la Méditerranée, l’OCDE accorde 300 milliards de dollars de subventions agricoles, soit 12 000 dollars par an et par agriculteur. Cela permet aux agriculteurs européens de faire face à la chute des cours et de maintenir leur production. A titre de comparaison, l’Europe ne consacre que 8 milliards à l’aide au Tiers-monde… soit 6 dollars par paysan. Les Etats-Unis aussi jouent la carte de l’aide étatique. En votant la farm bill en avril dernier, le Congrès a augmenté de 75% le budget des subventions agricoles. Aux 100 milliards de budget de base s’ajoutent ainsi 73,5 milliards supplémentaires.

Marchés restreints

Suite à cette politique, le prix du coton par exemple – secteur largement subventionné par l’Europe et l’Amérique du Nord – ne cesse de s’effondrer depuis 1999. Les Etats producteurs d’or blanc dumpent leur agriculture et protègent leur marché intérieur … au grand dam des pays d’Afrique de l’Ouest. Si certains pays d’Afrique s’en sortent, grâce aux accords douaniers mis en place avec l’Europe, ils sont voués à restreindre leur production aux secteurs qui ne font pas concurrence à leur partenaire : sucre et produits tropicaux. C’est notamment le cas de l’Ile Maurice, qui s’est entièrement consacrée à la production de sucre, assumant les dangers d’une agriculture monolithique.

A l’heure où, comme le rappelle le président de la FAO, Jacques Diouf,  » plus de 80% de la population des pays pauvres et souffrant de la faim vivent de l’agriculture « , il était temps de mettre ces questions sur le tapis.