Venance Konan revient aux origines de la crise en Côte d’Ivoire

Catapila.jpg

Après des années de tergiversation, la date de la présidentielle ivoirienne a été finalement fixée, jeudi, au 29 novembre 2009. Cette élection devrait mettre un terme à la crise que traverse la Côte d’Ivoire depuis les années 1990. Dans son dernier roman, Les Catapila, ces ingrats, Venance Konan, journaliste et écrivain, revisite avec un humour éloquent l’histoire récente de son pays et explique l’une des raisons majeures de la crise.

Un vent de xénophobie s’est emparé de la Côte d’Ivoire au milieu des années 1990, avec « le concept d’ivoirité » insufflé par des hommes politiques avides de pouvoir. Les voisins avec lesquels on avait vécu pendant plusieurs années étaient devenus, du jour au lendemain, persona non grata. Venus « d’un pays qu’eux-mêmes décrivaient comme très sec », les autochtones leur avait pourtant offert l’hospitalité autrefois, et des portions de forêts pour qu’ils les exploitent et en tirent leur pain quotidien. Ces voisins, quoique moqués, étaient appréciés car ils étaient de grands travailleurs et des créateurs de richesse. « Ils travaillaient si dur que nous les avions surnommés « Catapila », déformation du mot Caterpillar, ces gros engins qui abattaient les arbres et aplatissaient les montagnes », explique Venance konan dans son roman.

Catapila.jpgLes Catapila, ces ingrats aurait pu s’intituler «La crise ivoirienne expliquée aux novices». Il met en lumière les manœuvres usitées par les hommes politiques pour alimenter les tensions entre autochtones et allogènes et servir leurs propres causes. Dans le village de Robert, le personnage principal du livre de Venance Konan, ils y sont parvenus. Ils ont remonté les jeunes dont Robert, la cinquantaine, était le chef, contre les Catapila, en leur faisant croire que ceux-ci étaient la source de leurs problèmes. « On leur a donné toutes nos forêts, les plus belles de nos filles [celles qui avaient encore des seins bien fermes et de grosses fesses] alors qu’ils ne veulent pas qu’on baise les leurs, et c’est maintenant notre pays qu’ils veulent prendre », s’est insurgé l’un des personnages. « Tu leur donnes le doigt à ces gens-là, poursuit-t-il, et c’est tout ton corps qu’ils veulent prendre. Ce sont des ingrats et des voleurs. Il paraît qu’ils veulent qu’on leur donne la nationalité de notre pays maintenant », ajoute-t-il.

Autochtone ou allogène, un destin lié

Avec un humour désarmant et une incroyable légèreté, Venance Konan décrit les tristes réalités qui ont mis à genoux son pays qui était l’une des plus grandes puissances économiques de la sous région ouest-africaine, sinon la première. Et il ne s’arrête pas là. Au-delà de la crise ivoirienne, c’est « toute l’âme africaine, sa joie de vivre, sa spontanéité et sa naïveté », qu’il dépeint à travers le personnage de Robert. Celui-là même que les jeunes du village ont choisi pour être leur chef parce qu’il était le meilleur danseur et un grand tombeur des filles.

« Quand on est Ivoirien, affirme Venance Konan, on comprend tout de suite que le roman retrace l’histoire récente du pays. Mais tous les Africains se retrouveront dans ce livre ». De Cotonou à Abidjan, en passant par Lomé et Accra, le lecteur africain revoit son enfance, à travers la bande de Robert qui, par exemple, allait à la chasse aux Lézards, ces sauriens, parfois à tête rouge, qui servent à fabriquer des fétiches pour séduire les jeunes filles ou encore à gagner des matchs de football.

Mais le principal message de ce livre, l’auteur le résume en une phrase : « qu’on soit immigré ou autochtone, dès lors qu’on vit dans un même milieu, on a un destin lié ». Robert et les jeunes du village dépeints par Venance Konan en ont fait l’expérience.

Commander Les Catapila, ces ingrats paru aux éditions Jean Picollec (12 euros).