Une révélation : Belobo, baryton camerounais

A l’occasion de l’Exposition Universelle 2000 de Hanovre, Jacques-Greg Belobo s’est produit en récital au Pavillon camerounais, accompagné par le pianiste Karol Beffa. Rencontre avec un chanteur peu ordinaire.

Afrik.com : Comment êtes-vous venu à la musique ?

Jacques-Greg Belobo : J’ai toujours adoré la musique. Devenir musicien était d’ailleurs pour moi un rêve d’enfant. Je m’en suis provisoirement écarté à l’adolescence mais l’idée m’est revenue vers 1991. Des amis m’ont suggéré de venir chanter avec eux dans un chour, ce que j’ai fait. (Le Cameroun compte de nombreuses chorales : près de la moitié de la population chante dans l’une ou l’autre.) J’ai ensuite chanté dans un deuxième chour, plus orienté du côté du répertoire classique – Haendel, Mozart – que j’ai vraiment découvert à ce moment-là. J’ai su que c’était là ce qu’il fallait que je chante désormais. Parfaitement autodidacte, comme je n’avais pas de partitions, j’apprenais les airs grâce aux paroles qu’on pouvait lire sur les livrets des disques. J’ai alors commencé à passer des concours à l’échelle du Cameroun. J’ai remporté le Premier Prix du concours Diapason à Abidjan – un concours panafricain – et j’ai obtenu une bourse pour étudier avec Michel Piquemal à l’Académie d’été de Nice. C’était il y a trois ans, en 1997. Après cela, j’ai été lié par contrat avec le Chour contemporain d’Aix-en-Provence. Jusqu’alors, je ne m’étais formé qu’en autodidacte ; je suis alors rentré au Conservatoire National de Région de Nice. Quelques mois plus tard, j’ai été reçu au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris ou je suis actuellement en troisième année.

Afrik : Votre palmarès est prestigieux : Premier Prix international de chant classique du Cameroun, Premier Prix du concours de chant lyrique de Béziers, Premier Prix du concours de chant lyrique d’Alès, Premier Prix du concours de chant lyrique de Rennes (catégorie opérette). Récemment, vous avez été demi-finaliste au Concours Reine Elizabeth de Belgique. Que vous apportent au juste les concours de chant ?

J.-G. Belobo : Ils m’ont d’abord permis de mieux connaître mon niveau et de me situer par rapport aux chanteurs français. Par la suite, j’ai découvert une autre vertu des concours : la stimulation. Un concours donne un objectif à atteindre, à court ou moyen terme. Il oblige à monter un programme, à l’assimiler parfois en un temps record. Et éventuellement à découvrir un répertoire vers lequel vous ne seriez pas allé spontanément.

Afrik : Justement : quel est votre répertoire de prédilection ?

J.-G. Belobo : J’apprécie aussi bien la mélodie française que le lied allemand. Mais j’aime par-dessus tout l’opéra et l’oratorio. Dans ces répertoires, j’ai la possibilité de montrer ce que peut être la puissance de ma voix. Il m’arrive également de chanter des standards de jazz ou encore des negro spirituals. De temps en temps, pour m’amuser.

Afrik : Que peut ressentir un chanteur camerounais qui fait ses études en France ?

J.-G. Belobo : Au CNSM de Paris, j’ai beaucoup appris. J’ai eu l’occasion de découvrir un vaste répertoire. En français, en italien, en allemand, en anglais. Connaître plusieurs langues, se familiariser avec la diction lyrique dans chacune d’entre elle, c’est indispensable. Camerounais à Paris, suis-je acculturé ? C’est possible. Qui sait, peut-être un jour arriverai-je à mêler les apports de la culture africaine au répertoire classique européen. C’est en tout cas mon ambition et mon rêve.

Ahmed Dyessa