Une nouvelle loi en faveur des populations afroéquatoriennes

Alexandra Ocles

Les Afro équatoriens saluent l’instrument légal qui protège leurs droits, mais indiquent qu’il ne mettre pas à lui seul fin à la discrimination.

Les communautés noires de l’Équateur tentent de changer leur réalité socioéconomique et de renforcer leurs propres modes d’organisation et de développement, qui ne correspondent pas nécessairement au monde métis et à la vision du monde indigène.

La Loi des Droits Collectifs des Populations Noires et Afro équatoriennes, entrée en vigueur le 22 mai dernier y contribue.

La nouvelle loi établit diverses garanties pour la protection des droits des populations afro équatoriennes. Son entrée en

vigueur a cependant mis sur la table du débat une histoire de discrimination qu’il n’est pas facile de dépasser – surmonter par la seule promulgation d’une loi.

Peter Segura, dirigeant du Réseau pour la Défense de la Dignité, la Vie et la Nature (REDIVINA), rappelle qu’il existe déjà un cadre institutionnel depuis 1998 qui reconnait l’Équateur comme un État multiculturelle et multiethnique, mais il indique que cela n’a pas grandement contribué à l’éradication de la discrimination existant contre les populations noires.

« Notre histoire est liée au processus de l’esclavage, et c’est tout ce qu’on enseigne dans les écoles. Notre identité est associée au football, à la danse et à la musique, et c’est la seule chose que l’on sait de notre peuple. Notre image est celle de la délinquance, et la seule chose que les gens pensent c’est que être noir c’est être délinquant et être noire est associée à la prostitution. Tout cela c’est de la discrimination », affirme Segura.

Histoire de discrimination

En effet, l’histoire de la population afro équatorienne est une histoire de discrimination économique, sociale et culturelle. Selon le recensement de la population de 2001, 5% de la population de plus de 15 ans s’auto considère comme afrodescendante, ce qui correspond à quelques 600 000 personnes, nombre auquel il faut ajouter 300 000 enfants.

De cette population 7 sur 10 sont considérés comme pauvres, c’est-à-dire qu’elles vivent avec moins de 2.5 Dollars Américains par jour. En 2004, la dernière évaluation réalisée par l’Institut National de Statistique et de Recensement de l’Équateur a révélé 42% de la population est pauvre et 9 le sont extrêmement. Les indices de pauvreté au sein de la population noire sont supérieurs à la moyenne nationale.

Sur le plan social, il y a deux aspects qui inquiètent le plus la population afro équatorienne: l’éducation et les stéréotypes. Aux déficiences d’infrastructures scolaires et à la difficulté d’accès de la population noire au système éducation supérieure s’ajoute l’absence totale de contenus qui correspondent aux caractéristiques socioculturelles de la population afrodescendante.

Alexandra Ocles « Les professeurs ne sont pas formés à ce qui se réfère à la culture noire. Il est nécessaire de travailler sur des propositions ethno éducatives qui favorisent l’inter culturalité« , affirme Alexandra Ocles, jeune intellectuelle noire du Centre d’Études et de Recherche pour Afrodescendants.

Pour Juan García, autre leader et intellectuel noir parmi les plus influents, organisateur des fameux « palenques » (communautés) dans la province de Esmeraldas au nord, la proposition de l’ethno éducation implique de « redéfinir (lui donner un nouveau sens) la propriété intellectuelle collective de la connaissance ancestrale, valoriser l’identité et les traditions au niveau spirituel, culturel, linguistique, social, politique et économique « .

La nouvelle loi cherche à répondre à cette demande et définit, comme axe transversal dans les programmes d’éducation de base et du baccalauréat la connaissance des cultures noires et afro équatoriennes du pays; en même temps qu’elle garantit l’ethno éducation afro équatorienne.

Aucune organisation au niveau national

Concernant son organisation, à l’exception de la Confédération Nationale Afro Équatorienne (CNA) crée en 1999 et inconnue légalement jusqu’en 2003, et de la Coordination Nationale des Femmes Noires de l’Équateur (CONAMUNE), également créé en 1999, il n’existe pas d’organisations noires de niveau national. Les organisations sont indépendantes les unes des autres et arrivent tout au plus à avoir un caractère régional. Elles sont situées dans les régions ou la présence de la population afrodescendante est plus importante, comme la province d’Esmeraldas, la région d’El Chota dans la province de montagneuse d’Imbabura, et dans les deux principales villes équatoriennes: Quito et Guayaquil.

À ce sujet, García explique: « L’aspect local est important, la territorialité du palenque en tat qu’espace de construction d’une communauté, indépendante dans sa gestion, mais liée aux autres par son identité; de là vient la difficulté de créer une grande organisation nationale qui représente la population afro équatorienne « .

L’absence d’organisations nationale n’a pas favorisé un plus grand impact au niveau des organisations d’État, ce qui a provoqué un nouveau type de discrimination, celle dite de « l’hégémonie de la vision indigène ». Les nécessités de développement des populations noires ont été envisagées dans l’optique de la vision indigène; et pour cette raison, dans tous les programmes gouvernementaux de développements pour les populations indigènes, les populations noires y ont également été considérées. La loi approuvée est en voie solutionner ce problème en séparant les perspectives de développement communes conçues pour les populations indigènes et noires dans le cadre du Conseil de Développement des Nations et des Populations de l’Équateur (CODENPE), qui deviendra désormais une institution éminemment indigène.

C’est le Conseil National de Développement Afro Équatorien (CONDAE), créé par la nouvelle loi qui sera chargé de concevoir les politiques et les stratégies de développement des populations afro équatoriennes.

« Nous espérons que ce ne sera pas quelque chose de plus parmi celles qui restent écrites « , indique Segura, qui affirme en plus qu’il croit plus en la mobilisation sociale pour la défense des droits qu’à l’accumulation de lois.