Une mosquée pur porc pour les musulmans italiens

Le vice-président du Sénat italien propose d’empêcher la construction d’une mosquée à Bologne en contaminant le terrain prévu pour l’édifice avec un cochon. Une énième provocation du dirigeant de la Ligue du nord, un parti d’extrême droite, immédiatement condamnée par le gouvernement.

Dans la provocation, tout est bon… comme dans le cochon. C’est ce qu’à l’air de penser l’ex-ministre italien Roberto Calderoli (juillet 2004 à février 2006), qui a profité du 13 juin dernier, premier jour du ramadan dans de nombreux pays, pour faire l’une de ces sorties médiatiques antimusulmane dont lui seul a le secret. Il a proposé à un comité local opposé à la construction d’une mosquée, dans la ville de Bologne, de mettre son cochon à disposition « pour un passage sur le terrain où [le lieu de culte] doit être construit. Exactement comme je l’ai opportunément fait à Lodi », a-t-il ajouté.

Le dirigeant de la Ligue du nord, un parti d’extrême droite intégré à la vie politique et aux institutions dirigeantes italiennes, avait promené un cochon en 2000 sur la zone où une mosquée devait être édifiée dans la ville de Lodi, au nord du pays. « Cette terre a été traitée avec de l’urine de porc », indiquait une plaque laissée par les partisans d’Umberto bossi. Le terrain « avait été considéré comme infecté et inutilisable », s’est amusé jeudi dernier Roberto Calderoli. Une « journée du cochon » pourrait être organisée afin de déterminer le plus beau passage de cochon sur le terrain, a-t-il ajouté, estimant qu’une mosquée dans la ville ne serait pas un lieu de culte mais un « centre de collecte pour cellules terroristes ».

« Plus expert en cochons qu’en Islam »

« Je comprends que Calderoli soit plus expert en cochons qu’en Islam, mais qu’il fasse preuve d’un peu de respect pour les convictions religieuses des autres !», lui a répondu Paolo Ferrero, le ministre de la Solidarité sociale. Il est vrai que l’ancien vice-président du Sénat ne fait pas dans la demi mesure. « Il faut en finir avec cette fable qu’il faut rechercher le dialogue avec ces gens-là. Ils veulent nous humilier. Un point c’est tout (…) Il faut en finir avec cette tendance à baisser les pantalons et avec les distinctions hypocrites entre islam terroriste et islam pacifique », avait-il expliqué en février 2006, après sa sortie la plus retentissante.

L’homme venait de passer au journal de 20 heures de la première chaîne publique italienne, en qualité de ministre des Réformes institutionnelles, arborant un t-shirt floqué des caricatures de Mahomet du journal danois Jyllands-Posten. Le geste avait provoqué une manifestation devant le consulat d’Italie à Benghazi, en Libye, l’ex-colonie italienne, qui avait fait plusieurs morts. Calderoli, sous la pression de l’opposition et à la demande de son Premier ministre, Sylvio Berlusconi, avait dû démissionner du gouvernement. Lui qui avait appelé le pape Benoît XVI à lancer une nouvelle croisade contre les musulmans, au début du mois de février, avait par la suite expliqué que le coup du t-shirt aurait dû être perçu comme une « invitation au dialogue ».

C’est le même apôtre du dialogue qui avait célébré la victoire de « l’identité italienne », en finale de la Coupe du monde de football 2006, contre « une équipe [de France] qui, pour obtenir des résultats, a sacrifié son identité en alignant des Noirs, des musulmans et des communistes ». Jeudi dernier, il a admis que ses propos sur la contamination du terrain destiné à la mosquée par un cochon tenaient de la « provocation ». Mais « une provocation belle et bonne »… A voir.

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