Une immigration choisie par la France en concertation avec le Sénégal

Les accords signés lundi entre la France et le Sénégal visent à faciliter l’immigration en France des ressortissants sénégalais, en augmentant, notamment, à 108 le nombre des métiers qui leurs sont ouverts. En contrepartie, la France demande au Sénégal de lutter avec elle contre l’immigration clandestine.

La nouvelle politique française d’immigration choisie se met en place. Brice Hortefeux, le ministre français de l’Immigration, et le ministre sénégalais de l’Intérieur, Ousmane Ngom, ont signé lundi de nouvelles dispositions destinées à faciliter l’immigration légale du Sénégal vers la France. L’avenant a pour objectif d’élargir « l’accord de gestion concertée des flux migratoires » élaboré en 2006 par Nicolas Sarkozy. A cette époque, le président sénégalais Abdoulaye Wade avait demandé à la France d’engager un processus de concertation entre les deux pays en matière d’immigration. Lundi, il s’agissait d’en préciser les modalités.

Plus de main-d’œuvre moins qualifiée

Ainsi, le marché du travail français s’ouvre d’avantage aux Sénégalais. Cent-huit métiers leur seront désormais accessibles, au lieu des 30 qui exigeaient des diplômes d’enseignement supérieur dans la liste initiale. Les secteurs professionnels ouverts correspondent à ceux où les besoins de main-d’œuvre sont avérés : la pêche, l’agriculture, le bâtiment et l’hôtellerie, par exemples. De plus, ils sont accessibles à des niveaux de qualification moins élevés que précédemment.

Coiffeurs, sage-femmes, matelots, agents d’entretien et autres employés de banques bénéficieront pour leur part d’une carte de séjour de 12 mois. Il leur sera ensuite possible de rentrer au Sénégal pour valoriser leur expérience. Une façon de renforcer le co-développement, pour lequel la France va investir un million d’euros pendant deux ans, puis cinq millions par an. A noter que trois types de cartes de séjour pour les professionnels amenés à faire des allers-retours entre les deux pays devraient bientôt voir le jour.

Plus de visas

Autre nouveauté, les personnes qui ont besoin de recevoir des soins médicaux en France pourront obtenir des visas de circulation de longue durée, alors qu’ils n’étaient jusqu’à présent délivrés qu’aux intellectuels, aux scientifiques, aux hommes d’affaires, aux sportifs de haut niveau et aux artistes. Des facilités supplémentaires sont aussi prévues pour les étudiants souhaitant acquérir un visa.

En outre, la France fait un geste vers le président sénégalais : le projet de loi sur la possibilité de test ADN dans le cadre du regroupement familial, très critiqué par Abdoulaye Wade, ne s’appliquerait pas à son pays « parce que l’état civil sénégalais fonctionne bien », a déclaré Brice Hortefeux. Le ministre français s’était déjà engagé, après la réprobation du président sénégalais, en octobre dernier, à « gommer les effets négatifs de l’amendement Mariani ».

La fin de la politique du charter ?

Concernant, la lutte contre l’immigration clandestine, le Sénégal s’engage à rapatrier ses ressortissants arrêtés en France en situation irrégulière. Si pour les étrangers en situation irrégulière l’accent est mis sur l’aide au retour volontaire, entre 2 000 et 6 500 euros en fonction de la taille de la famille, les expulsions seraient facilitées par les nouveaux accords. Accords qui prévoient d’ailleurs « les meilleures conditions de respect de la dignité des personnes » dans l’accompagnement au retour des personnes en situation irrégulière.

Au final, la politique d’immigration de Brice Hortefeux, qui ne devrait pas concerner beaucoup plus d’un millier de personnes par an, soulève certaines questions. Pourquoi ne pas régulariser, au lieu de les expulser, les Sénégalais qui occupent déjà des postes dans les secteurs professionnels qui leur sont désormais ouverts ? Et, au delà de la politique des quotas, de quelles facilités d’intégration pourront bénéficier les nouveaux arrivants, en matière de logement, par exemple ?

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