Une douce brise arabo-andalouse

L’album  » Parfums de Méditerranée  » réunit les monstres sacrés de la musique judéo-arabe. Fusion de la fête et du mystique. A écouter sans modération.

La grâce incomparable, le timbre lumineux de la musique judéo-arabe, se trouvent à nouveau réunis au sein de l’album  » Parfums de Méditerranée « , disponible dans les bacs à disques.

Avec les papes du genre : Reinette l’Oranaise, Lili Boniche, Lili Labassi, Cheikh Raymond, Alexandre Nakash, El Kahlaoui Tounsi, Raoul Journo…

Musique de toutes les fraternités

Des virtuoses qui ont su d’instinct incarner le génie méditerranéen aux identités multiples, partageant avec leurs  » compatriotes  » arabes, l’héritage d’une Andalousie du temps de son âge d’Or. Une Andalousie disparue, mais néanmoins exemplaire, centre névralgique et point de rencontre de toutes les cultures de la  » mare nostrum « , qu’elles soient musulmanes, juives ou chrétiennes. Une Andalousie mythique où chacun se respectait et fraternisait.

La  » reconquista  » castillane et son cortège d’inquisiteurs fanatiques n’ont fait que déplacer ce creuset vers le Maghreb qui ne sera pas long à adopter cette rhétorique fleurie, ces rythmes aux contre-temps subtils, ces mélodies légères comme une aube que le jasmin embaume, où les accents quasi infantiles d’une flûte mutine, se marient aux choeurs virils. Car le genre consacre une poésie liturgique composée de  » pyoutims « , en hébreux, ou  » sama « , en arabe, interprétés à Capella selon les normes strictes de la  » nouba  » – terme traduisible par  » suites  » et  » harmonie « .

Un Art savamment codifié

Les musicologues andalous avaient identifié 24 modes qui forment l’ossature du genre. Chacun correspond à une heure de la journée. Le prélude – ou  » istikhbar  » – introduit le morceau par une improvisation tendant à présenter l’ouverture musicale, puis, installe un dialogue entre chants et musiciens. Les échanges se décomposent en cinq mouvements : le  » msader « , comparable à l’adagio, le lent mouvement qu’est le  » btayhi « , le  » derdj  » – crescendo -, le vivifiant  » insiraf  » et, enfin, le  » mukhlis « , à la conclusion dansante.

Ni les rois catholiques, ni la tragique décolonisation qui a séparé les deux communautés arabe et juive ne sont parvenus à entamer la vivacité et l’estime portées aux dérivés de la grande école andalouse, le  » chaâbi  » algérois, le  » malûf  » de l’Est, et la tradition sulfureuse des musiciens oranais qui feront de la région la patrie du raï.