Une autre Afrique serait possible

Le premier forum anti-mondialisation panafricain se tient 4 au 9 janvier à Bamako. Pour Aminata Dramane Traoré, organisatrice de l’événement, ce rendez-vous permettra de coordonner les actions contre le  » rouleau compresseur de l’ultra-libéralisme et la dictature des bailleurs de fonds « .

Aminata Dramane Traoré, ancienne ministre de la Culture et du Tourisme, accueille au centre Hampâte Bâ de Bamako les délégations de toute l’Afrique venues débattre dans le cadre du premier Forum Social Panafricain. Entretien avec une intellectuelle engagée.

Afrik : Quels sont les objectifs de ce forum ?

Amninata Dramane Traoré : Le centre Amadou Hampâté Bâ que je dirige et l’association Enda tiers-monde ont convié à ce forum une vingtaine d’associations de tout pays – Maghreb, Afrique australe, Afrique subsaharienne-, afin que nous coordonnions nos actions contre le jeu économique dont nous faisons les frais. Nous en profiterons pour préparer également la grande rencontre internationale de Porto Allegre. Il faut que l’Afrique soit présente au Forum annuel contre la mondialisation.

Afrik : L’Afrique serait donc victime de la mondialisation…?

Amninata Dramane Traoré : S’il y a une région qui paie cher le libéralisme sauvage, c’est bien l’Afrique ! Nous nous battons contre le coût social, écologique et surtout humain, beaucoup trop élevé, de la mondialisation. Les Africains n’en ont pas conscience, mais des instances institutionnelles et financières leur ôtent tout pouvoir de décision et les contraignent à vivre dans la misère. On parle beaucoup d’immigration dans les pays du Nord : nous parlons d’exil. Quand les gens en sont à quitter leur pays dans l’espoir de survivre, c’est intolérable.

Afrik : Le forum a commencé il y a déjà trois jours. Quelles sont vos impressions à ce stade ?

Amninata Dramane Traoré : Nous sommes 200 participants de tous pays. Comme nous ne nous connaissions pas avant cette rencontre, nous avions des approches très différentes et les confronter nous a permis d’avancer. En discutant et en nous faisant connaître, nous jetons les bases d’une société civile panafricaine. Nos dirigeants, élus, sont pris à la gorge par les bailleurs de fond et le FMI. Même les ONG, pour se financer en Afrique, sont contraintes d’accepter les conditions des grandes institutions financières. Il faut refonder la démocratie africaine et c’est ce que nous faisons.

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Aminata Dramane Traoré, Le viol de l’imaginaire, qui sort le 15 janvier aux éditions Fayard.

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