Un village pour les enfants albinos du Cameroun

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Près de 70 enfants albinos des régions enclavées du Cameroun sont actuellement accueillis par le Village des enfants albinos du Cameroun (VEAC). Les travaux du centre spécialisé étant encore en cours, l’organisation les place momentanément dans des familles d’accueils. Encadrement éducatif et suivi médical sont les priorités.

Nombreux sont ceux, en Afrique, qui souffrent d’albinisme, une anomalie congénitale et héréditaire qui se caractérise par l’absence de pigmentation. Mal acceptés à la naissance, souvent marginalisés, abandonnés et déscolarisés, ils ont du mal à s’intégrer dans certaines régions camerounaises. « Les gens savent très peu de choses sur la maladie. Il y a beaucoup de superstitions. Les albinos sont traités comme des parias et leurs parents ne les envoient pas à l’école. C’est souvent une cause de divorce pour un couple », explique Chiara Gregoraci, Présidente fondatrice du Village d’Enfants Albinos au Cameroun (VEAC). Pour leur venir en aide, l’association assure actuellement la sécurité d’environ 70 enfants (âgés d’un à vingt et un ans) venant des régions enclavées du pays.

Chiara Gregoraci Créée en janvier 2008 et officiellement reconnue en mai 2009, l’organisation à but non lucratif, basée à Douala, a pour mission de protéger les enfants albinos en danger au Cameroun. Elle est née d’une démarche très personnelle pour Chiara Gregoraci. « Ma mère était une femme albinos. Les préjugés et les insultes qu’elle a subit jusqu’à sa mort m’ont procuré une rage incurable. J’ai donc décidé de mener une guerre sans merci contre ces maux qui m’ont privée de l’amour maternel. Prendre en charge les enfants rejetés, les encadrer et les intégrer scolairement, sanitairement et socialement, est essentiel. La structure associative a pour idée de lutter contre le cancer de la peau», raconte la Présidente de l’association.

« Jusqu’à présent, nous nous limitions à la recherche de familles adoptives pour les albinos orphelins mais, désormais, nous leurs construisons aussi des maisons où ils peuvent se sentir en sécurité. Nous voulons qu’ils soient autonomes et qu’ils retrouvent confiance. À terme, on aimerait aussi que le gouvernement soutienne notre cause», déclare Mme Gregoraci.

Aides multiples

Pour pallier aux problèmes de santé que rencontre cette population, des verres correctifs sont distribués et des traitements liés à leur type de peau sont apportés dans le cadre de l’aide associative. D’autre part, le sport est promu. « Lorsqu’elle est bien encadrée, la pratique sportive donne aux enfants l’occasion de se créer une image de soi positive », explique VEAC.

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Outre les problèmes de vue et des risques de cancer de peau, les albinos font souvent l’objet de croyances superstitieuses. En Afrique subsaharienne, ce phénomène, qui a longtemps été tabou, reste un frein à leur insertion sociale. Parce que supposés sorciers, porte- malheurs ou détenteurs de certains pouvoirs, certains sont encore tués à la naissance. VEAC estime à 10 000 le nombre d’albinos des zones du Cameroun très enclavées maltraités en 2007. « Ils sont en proie au rejet, à l’analphabétisme, aux abus sexuels », déplore la Présidente de l’association. Mais un problème majeur est qu’« à défaut d’être supprimés, ils sont simplement privés de formations et d’éducations », dénonce Mme Gregoria. VEAC a dès lors fixé l’éducation comme axe prioritaire de ses projets. Pour l’année 2009-2010, l’organisation scolarise 25 enfants, et se donne pour objectif d’augmenter le nombre d’élèves en 2011.

Les associations ont peu de moyens, mais les campagnes de sensibilisation dans les villages excentrés font que les albinos sont de moins en moins perçus comme une catégorie à part. L’initiative apporte de l’espoir pour la réinsertion des malades au sein de la société.