Un pacte France-Afrique pour lutter contre le trafic des espèces menacées

Le braconnage et trafic des espèces menacées est un sujet de plus en plus préoccupant sur le continent. Pour trouver des solutions à ce fléau qui prend de l’ampleur, une table ronde a été organisée le 5 décembre en marge du Sommet de l’Elysée à Paris, par le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie et Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète. Elle a réuni François Hollande et une vingtaine de chefs d’Etat africains. Lesquels n’auront pas attendu Paris pour s’attaquer au problème. A l’image du Cameroun.

L’année 2012 a été une année particulièrement meurtrière pour la faune africaine. En ce qui concerne les éléphants et les rhinocéros notamment. Selon les derniers recensements, le nombre d’éléphants d’Afrique varie entre 419 000 et 650 000. Or plus de 20 000 d’entre sont abattus chaque année à un rythme et une fréquence supérieur au renouvellement naturel de l’espèce. En Afrique centrale, 14% des éléphants ont été abattus en 2011, c’est la zone la plus affectée par le braconnage, 76% de ses éléphants depuis 20 ans. La situation du rhinocéros, chassé pour sa corne, est encore plus alarmante: il reste en Afrique 5.000 rhinocéros noirs et 20.000 blancs. Le rhinocéros a déjà disparu d’Afrique centrale. Bientôt, ce sera le cas d’autres espèces si le problème n’est pas éradiqué.

« La Déclaration de Paris », un engagement franco-africain

C’était l’objet de la table ronde organisée, en marge du Sommet de l’Elysée pour la paix et la sécurité en Afrique, le 5 décembre dernier, par le Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie et Nicolas Hulot, envoyé spécial du président de la République pour la protection de la planète. Ouverte par le président de la république française lui-même, elle aura réuni une vingtaine de chefs d’Etat africains. Objectif, mettre en place, au-delà des discours d’intention, un plan d’action concertée Franco-africain, baptisée la « Déclaration de Paris » qui sera portée, en février prochain lors d’un évènement très attendu, la Conférence de Londres. « Des amendements sont en cours, mais plusieurs pays se sont déjà engagés à signer ce texte, a assuré Philippe Martin, ministre de l’Ecologie français. Cette rencontre, qui est une première, la première fois où une rencontre sur l’écologie a été adossée à un Sommet sur la sécurité, a été un succès à plusieurs titres. D’abord par le nombre impressionnant de chefs d’états présents, par l’engagement du président de la République François Hollande, pour le calendrier dans lequel elle s’inscrit, au lendemain de la conférence du Botswana et avant celle de Londres en février. Cette déclaration est un engagement à agir sans délai. La mobilisation est là pour obtenir enfin des résultats dans le domaine. »

Cette initiative française s’inscrit effectivement dans un contexte de préoccupation internationale croissante pour l’avenir des espèces menacées. Mais alors que les conférences sur l’écologie se multiplient ces dernières années, chacune s’illustrant par des promesses et déclarations pour sauver les espèces menacées d’Afrique, pour la première fois celle-ci a associé la question environnementale à des enjeux géopolitiques beaucoup plus larges. Ainsi que l’explique Nicolas Hulot : « Pour moi, cette table ronde marque un moment important. On a enfin mis cet enjeu à sa véritable dimension et à sa véritable échelle. Il ne s’agit pas seulement d’un enjeu environnemental mais humain. Cette table ronde acte que ce type de trafic est un sujet géopolitique. Un enjeu de sécurité pour l’Afrique.»

En effet, le phénomène a atteint ses dernières années une dimension nouvelle avec l’implication de bandes lourdement armées. Le trafic d’espèces sauvages ne relèvent plus seulement du braconnage local commis mais de groupes criminels, de plus en armés et organisés, qui ont trouvé là une nouvelle source de financement. Ces milices et militaires échangent de l’ivoire contre de l’argent, des armes et des munitions. De quoi représenter une source de déstabilisation sérieuse pour un certain nombre d’états du continent, des régions. «La lutte contre le braconnage, le trafic d’espèces menacées, ce sont les Etats africains qui la mènent. Je veux saluer tous leurs efforts, parce que ce sont vos populations qui souffrent directement de ces trafics, c’est votre environnement qui peut gravement être altéré. C’est le patrimoine commun de l’humanité que vous protégez à travers votre combat. »

10 millions d’euros pour renforcer la lutte contre le trafic d’ivoire au Gabon

En effet, un certain nombre de pays africains, directement concernés, n’ont pas attendu Paris pour s’attaquer au problème. A l’image du Gabon qui a mis en place une brigade spéciale pour lutter contre le braconnage et le trafic illégal d’ivoire. La « brigade de la jungle », une unité militaire de 240 hommes, créée en avril 2011. Mais celle-ci manque de moyens, à la fois humain et financier. Or, à l’issue du Sommet, la France et le Gabon ont annoncé la conclusion d’un accord de financement de 10 millions d’euros pour renforcer la lutte contre le trafic d’ivoire au Gabon. « Ce projet vise à réduire considérablement le braconnage de l’éléphant sur le territoire gabonais, en apportant un appui financier aux institutions nationales chargées de faire face à cette question. Il s’agit là d’un appui considérable de la France aux efforts du Gabon », a indiqué le Président gabonais, Ali Bongo Ondimba.

Le Cameroun en action contre le braconnage

Le Cameroun également a mis en place un certain nombre d’actions en vue d’endiguer le phénomène qui touche particulièrement le pays. « Ces derniers temps, mon pays a fait l’objet d’assauts répétés des braconniers. Tout le monde a encore en mémoire le triste spectacle d’éléphants abattus à Bouba Ndjidda, victimes de ces hommes sans foi ni loi, lourdement armés et bien entraînés comme je l’ai dit, attirés par l’ivoire, a rappelé dans son intervention le président Camerounais, Paul Biya. Face à cette situation dont le paroxysme a été atteint en début d’année 2012, j’ai pris un certain nombre de mesures, sur le plan national, et d’autres en concertation avec les pays voisins en proie eux aussi à ce fléau. »

Dans le cadre d’un plan d’action sur cinq ans, plusieurs mesures ont été prises, dont le déploiement des forces de défense spécialisées dans la zone de Bouba Ndjidda ; le renforcement des effectifs des éco-gardes ; l’acquisition des ultralégers motorisés, pour la surveillance aérienne des aires protégées. Avec des résultats tangibles. « Ces mesures ont eu pour effet immédiat de circonscrire le phénomène. Les braconniers sont restés loin de nos frontières », selon Paul Biya. Mais seule une action régionale concertée permettra directement au problème. Ce qui a également été amorcé, à l’initiative du Cameroun. « Avec les Etats voisins, nous avons signé trois accords pour lutter contre le braconnage transfrontalier ».Et le président camerounais d’en appeler à la communauté internationale : « Notre souhait est que la rencontre d’aujourd’hui constitue le début d’une prise de conscience collective Euro-africaine. Elle doit pour cela dégager des propositions d’actions concertées pour la mobilisation de l’opinion publique internationale pour soutenir cette lutte que nous menons au nom de l’humanité. »

Un appel qui aura été entendu par Paris. A l’issue de la table ronde, le ministre français a annoncé une série d’engagements en vue de renforcer le dispositif national de lutte. A commencer par une multiplication par dix des amendes à l’encontre des braconniers. Les amendes pour des « infractions simples » passeront de 15.000 à 150.000 euros et celles commises en « bande organisée » pourront être punies de 750.000 euros. Les stocks d’ivoire illégal constitués par la France au fil des saisies seraient « systématiquement détruits. Une première destruction de trois tonnes d’ivoire aura lieu d’ici février 2014 représentant « une valeur de près d’un million d’euros ». « Des instructions spéciales » seront transmises aux procureurs « afin de professionnaliser le traitement des affaires de trafic illicite en ayant recours aux juridictions interrégionales spécialisées (JIRS) », a ajouté le ministre. Les pouvoirs des officiers de police judiciaire (OPJ) seront également renforcés avec l’élargissement des techniques d’enquête. Les pays signataires ont également appelé les grands bailleurs de fonds à apporter leur soutien aux initiatives nationales et régionales africaines. En attendant, la déclaration de Paris, en cours de signature, doit servir de base à un positionnement commun franco-africain présenté lors du sommet à Londres les 12 et 13 février prochain.