Un métier contre la rue

Sortir les enfants des rues en les initiant à un métier. L’unique centre d’accueil du genre au Cameroun offre un avenir aux laissés pour compte. Une quarantaine de jeunes ont profité d’un stage d’initiation à la sérigraphie pour découvrir ce que sera peut être leur future profession.

Quatre jours pour faire aimer un métier aux enfants des rues de Yaoundé. Tel était le pari (obligé pour manque de moyens) du Carser (Centre d’accueil et de réinsertion sociale des enfants de la rue). Du 19 au 22 janvier dernier, une quarantaine d’enfants des rues de la capitale camerounaise y était accueillie pour essayer de donner un sens à leur vie. Au programme : la sérigraphie.

Au cours de cet apprentissage de quatre jours, ces enfants âgés de neuf à quatorze ans, ont imprimé des textes sur banderoles, tissus et t-shirts, en présence d’un formateur. Ils ont aussi suivi une discipline rigoureuse et participé à des jeux de divertissement.
A la fin de chaque journée, le résultat. Ces adolescents et préadolescents ont présenté avec fierté, des t-shirts et banderoles peinturlurées des écritures suivantes : « Carser », ou encore « Ministère des affaires sociales/ Croix rouge de Belgique », fruit de leurs travaux.

Le but de cette mission, organisée par le ministère des Affaires sociales du Cameroun en partenariat avec la Croix-rouge belge, est de faire rentrer dans le droit chemin, ces enfants désœuvrés et surtout, de les rendre « auto productifs », insiste Bengono Mbana, le Directeur du Carser. « Comme ce métier est porteur sur le secteur local, ces enfants peuvent s’auto installer dans l’avenir », poursuit-il. Même si le chef de cet atelier parle de son entière satisfaction, il rappelle que son impact ne peut se mesurer dans l’immédiat.

De chaîne

Créé en 2000 par le ministère des affaires étrangères avec des partenaires étrangers, Carser fait partie des centres d’accueil et de transit des enfants en rupture affective avec les systèmes scolaire, familial,… Se dressant dans le quartier Etoug-Ebe à Yaoundé, la bâtisse dispose de trois dortoirs d’une dizaine de lits chacun, soit un total de soixante places. Depuis son ouverture, ce centre a accueilli plus de 500 enfants, pour une durée maximale de trois mois. « Mais, nous les gardons encore ici, quand nous n’arrivons pas à retrouver leurs parents », rappelle le directeur.

Le Carser n’est que l’aboutissement d’un long processus entrepris avec le Centre d’écoute, une cellule mise en place pour un travail en amont. Ce Centre d’écoute va à la recherche de ces adolescents en grande précarité, puis, cède la place à une autre section (structure) qui s’occupe de les écouter, d’essayer de leur parler, de mieux comprendre leur problème, et de les conduire auprès du centre de Bengono Mbana.

Besoins

Bengono Mbana déplore le manque de moyens pour développer ses actions. Car, le ministère dont il dépend (les Affaires sociales), est « le plus pauvre du gouvernement ». Les besoins du Carser sont à la fois « quantitatifs et de la qualitatifs ». L’homme s’insurge contre le manque des formateurs et surtout, se révolte contre la formation « générique » qu’on fait suivre à ces encadreurs qu’on lui « envoie », alors que c’est la « spécificité qui devrait primer », pour un pareil travail social. Il souligne également, le besoin financier pouvant appuyer ces enfants lors de leur introduction dans un atelier professionnel pour la continuité de leur apprentissage : « il faut environ 200 000 francs CFA (environ 300 euros), pour payer une formation professionnelle à un enfant qui sort de ce centre ».

Gageons que l’appel de Bengono Mbana soit entendu, qu’il obtienne les moyens suffisants pour essayer de changer le destin de ces enfants de rue.