Un humanitaire français assassiné au Tchad: l’EUFOR est sur les dents

Après la mort jeudi de Pascal Marlinge, l’humanitaire français de l’ONG britannique de défense des enfants Save The Children, les humanitaires dénoncent la détérioration de la situation dans l’est du Tchad et le manque de sécurité auquel ils font face. L’EUFOR n’est pas encore assez solide pour les épauler, estiment nombre d’ONG.

John Holmes, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des Nations Unies, a fermement condamné vendredi l’assassinat de Pascal Marlinge, chef de mission pour l’organisation non-gouvernementale britannique Save The Children, au Tchad jeudi. En réponse à ce drame, l’association humanitaire a annoncé la suspension de ses activités au Tchad jusqu’à nouvel ordre. Dans la foulée, le coordonnateur des opérations humanitaires de l’ONU au Tchad, Kingsley Amaning a immédiatement réagi en recommandant aux humanitaires d’interrompre les leurs les 2 et 3 mai « sauf celles d’urgence », selon un communiqué paru vendredi. Toutes les ONG se sont exprimées en faveur de cette action.

Retour sur le drame

Après avoir effectué une opération humanitaire dans un camp de réfugiés des alentours de Ferchana dans l’est tchadien, Pascal Marlinge, 49 ans, devait regagner sa base en convoi avec quatre autres humanitaires. Il n’est jamais arrivé à destination. Le drame s’est déroulé sur la route de Farchana/Hajir Hadid, non loin du Soudan. Selon une source onusienne au Tchad, le convoi a été arrêté par des hommes armés qui ont dépouillé les humanitaires. Puis sans raison apparente, ils ont tiré sur M. Marlinge avant de prendre la fuite avec la voiture. Il a été tué d’une balle en pleine tête.

Les humanitaires circulaient sans escorte militaire dans une région très instable, voisine du Darfour en proie à une guerre civile depuis cinq ans et où sont installés de nombreux camps de réfugiés. Mais « Pascal Marlinge était un humanitaire très expérimenté », selon le ministre Français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. L’homme connaissait le terrain : avant le Tchad, il était présent au Népal, en Irak ou encore en Afghanistan. Pour Isabelle, sa femme, « c’était quelqu’un de très prudent qui ne laissait rien au hasard. Il n’est pas le seul à qui il est arrivé un accident puisque les humanitaires sont maintenant classés dans les professions les plus à risques sur le plan international». La suspension des activités humanitaires se veut un geste fort de protestation « contre la détérioration de la sécurité dans l’est » du pays selon M. Kingsley.

L’est du Tchad, une zone à haut risque

« Les humanitaires ne sont jamais accompagné par des militaires pour éviter toute confusion mais la situation les rend aussi extrêmement vulnérables », explique Guillaume Michel, chef de projet de l’ONG Internews [[Promotion et développement de médias indépendants dans le monde]]. « Les attaques des coupeurs de routes sont hebdomadaires mais jamais un expatrié n’a été tué jusque là », ajoute t-il.

La force européenne Eufor, déployée dans l’est du Tchad et le nord-est de la Centrafrique, a justement pour mission de sécuriser la zone et de protéger les réfugiés soudanais du Darfour, ainsi que les déplacés internes tchadiens et centrafricains, soit près d’un demi million de personnes au total. La force mandatée par les Nations Unies a officiellement entamé sa mission le 17 mars, avec plusieurs mois de retard en raison, entre autres, de l’offensive, début février, de rebelles tchadiens sur la capitale N’Djamena. Mais la force n’a pas encore atteint sa pleine capacité opérationnelle. Sur les 3 700 hommes qui doivent la composer, près de 2 000 sont présents, dont plus de la moitié sont Français. L’EUFOR pourrait escorter les humanitaires. Mais « ces derniers sont sceptiques quant à leur protection par cette force en raison du faible nombre de soldats déployés », affirme M. Michel. Avant même d’avoir commencé sa mission, on compte déjà la mort d’un sergent français, tué le 3 mars après un accrochage avec l’armée soudanaise.

Jusque là, aucun élément ne semble affirmer que M. Marlinge a été tué en raison de sa nationalité. Il travaillait pour une association britannique et rien n’indiquait qu’il était Français. Le motif crapuleux du crime ne fait guère de doute. Sans doute pris par la peur, les brigands ont finalement abandonné le véhicule volé non loin de la frontière soudanaise à une centaine de kilomètres du lieu de l’attaque.

Les officiels tchadiens déplorent

« Profondément attristé », le porte-parole du gouvernement tchadien Mahamat Hissène a « promis de déployer tous les moyens matériels et humains pour retrouver les auteurs de ce lâche assassinat ». Qualifiant l’assassinat comme « un acte de barbarie ignoble », Bernard Kouchner a, de son côté, demandé aux autorités tchadiennes de « faire toute la lumière » sur cette affaire. Il a précisé vendredi que les militaires de l’EUFOR participaient aux recherches des assassins de M. Marlinge. Le corps a été acheminé vers N’Djamena en vue d’un rapatriement en France.