Un héritier nommé Kabila

Le 15 juillet dernier, Joseph Kabila a révoqué pas moins d’une centaine de magistrats. Une semaine plus tard, la FIDH (Fédération internationale des Droits de l’homme) a rendu un rapport sans concessions sur une « politique sans ambiguité » de Kinshasa, intitulé : La dérive autoritaire du régime. Et, dimanche, la diffusion de RFI a été interrompue, pour avoir restitué une conférence de presse de la Monuc…

L’avantage d’une démocratie adulte, c’est que l’humour politique est y permis, au moins une fois par jour. Ainsi, un animateur de l’audiovisuel français, doublé d’un humoriste, Laurent Ruquier, disait à propos de la Syrie: « C’est le fiston qui va reprendre la Syrie familiale. Un panneau est déjà affiché sur la porte du palais présidentiel: « Fermé pour cause de deuil, mais la dictature continue pendant les obsèques. » A en croire le rapport de la FIDH, cette citation peut être transposée au Congo-démocratique. Joseph Kabila serait, à la fois, le digne héritier de son père et du roi du Zaïre, Mobutu. Extrait du rapport: « … les méthodes utilisées par le pouvoir en place pour faire taire les voix dissidentes et celles utilisées du temps du maréchal Mobutu font froid dans le dos. »

Le but du régime, du moins inavoué, consiste à « mettre au pas tous les contre-pouvoirs et plus généralement ceux qui osent encore dénoncer et/ou s’opposer aux dérives du régime. » Il est clair qu’au vu de ce triste constat, le président de la RDC s’inscrit dans la continuité de ses illustres prédécesseurs. Une hérédité politique insoupçonnée. Et si Joseph Kabila doit rester au pouvoir plus de trente ans, comme celui auquel son comportement est comparé dans le rapport, le bout du tunnel pour les 63 millions de Congolais demeurera à jamais un désir insatiable. Aucune voix, aussi aiguë et grave soit-elle, ne pourra atteindre le président-héritier. Les Congolais, alors, ne devront compter que sur leurs larmes pour les années à venir.

Le Congo est congénitalement malade

« Après moi, avait prédit Mobutu, ce sera le chaos. » Ce qui est faux! Le chaos existait déjà. Pour reprendre les mots de Peter Drucker, la meilleure façon de prédire l’avenir, c’est de le créer. Mobutu avait brillé par sa capacité à « créer l’avenir », entre autres, à inculquer la culture de la corruption, une pandémie durable. Il serait donc injuste d’imputer à l’héritier, à lui tout seul, la primauté du « chaos » actuel. Sans doute Joseph Kabila l’a-t-il arrosée, mais la plante avait poussé sous le règne du maréchal.

Joseph Kabila affiche sa volonté de lutter contre la corruption, d’où le slogan de « Tolérance zéro ». C’est dans cette perspective donc, qu’il a révoqué récemment 96 magistrats, dont le premier président de la Cour suprême et le procureur général de la République. Deux magistrats suspectés. Cependant, cette démonstration de force est déséquilibrée et ne va que dans un sens : des membres du gouvernement eux-mêmes sont suspectés de corruption. Un député qui a gardé son anonymat, rapporte le site de RFI, estime que « le vrai sanctuaire de la corruption, c’est l’exécutif ». Des milliards de francs disparaissent des caisses de la Direction générale des impôts ou des contrats miniers. Un internaute d’Afrik.com (excusez cette pub) a raconté une belle anecdote: Aragon et De Gaulle – alors lieutenant – s’étaient retrouvés dans une grande brasserie parisienne. Soudain, le poète s’était exclamé: « Mort aux cons! » Le jeune militaire avait répliqué: « Vaste programme! » Oui, lutter contre la corruption au Congo est un « vaste programme », sinon une impossibilité. Les pays voisins, lesquels sont alléchés par les richesses congolaises, ne l’accepteront pas. Et, comme l’Etat n’existe pas au Congo, les voisins influenceront toujours la politique de Kinshasa.

La RDC: un pays pillé depuis son origine. Un souvenir: le roi des Belges en fit sa propriété exclusive. Seule consolation: Conrad tira des ressources congolaises la matière de son chef-d’oeuvre, Au Coeur des ténèbres. L’histoire et la littérature expliquent aussi ce présent chaotique…