Un gel vaginal pour faire barrage au VIH

Une étude menée en Afrique du Sud, rendue publique ce mardi, montre que l’application de gel microbicide avant et après un rapport sexuel peut réduire les infections par le VIH de 54%. Si ce gel est commercialisé, les femmes disposeraient pour la première fois d’un outil de prévention dont elles ont la maîtrise totale.

Un gel vaginal contre le VIH. L’idée n’est pas nouvelle mais, pour la première fois, des chercheurs ont présenté ce mardi leur dernière trouvaille lors de la Conférence mondiale sur le sida à Vienne. Des chercheurs sud-africains et américains ont mis au point un gel qui, bien utilisé, réduit les infections par le VIH de 54 %. Salim et Quarraisha Abdool Karim, du Centre pour le programme de recherche sur le sida en Afrique du Sud (Caprisa), ont mené leur étude dans la région du Natal, dans la province sud-africaine du KwaZulu Natal. Les femmes, en majorité zouloues, y sont séropositives dans une proportion élevée : près de 10 % chez les filles de moins de 16 ans, 50 % chez les femmes de plus de 24 ans. Un des taux de prévalence les plus importants du monde dans cette catégorie de population. « Maintenant nous avons un produit qui peut potentiellement le changer et sauver des millions de vies en empêchant l’infection au VIH et empêchant la mort », a indiqué l’épidémiologiste Quarraisha Abdool Karim dans les colonnes de Science News.

L’étude publiée dans le magazine Sciences, le 19 juillet, a été réalisée à partir de 2007 sur 889 femmes âgées de 18 à 40 ans, séronégatives, sexuellement actives et qui présentent un risque élevé de contamination : moins d’un quart de leurs partenaires utilisaient le préservatif. La moitié de ces femmes ont utilisé un gel placebo, les autres un gel antirétroviral. Elles devaient l’appliquer douze heures environ avant une relation sexuelle, puis douze après l’acte. Suivies chaque mois pendant trente mois, tant sur l’usage du gel que sur la fréquence de leurs relations sexuelles, les résultats ont été concluants. Le gel, qui contient 1% de ténofovir, a réduit les infections par le VIH de 39 % comparé au gel placebo. Plus précisément : de 28 % chez les femmes qui l’utilisaient mal, de 38 % chez celles qui l’utilisaient plus ou moins bien, et de 54 % chez celles qui s’en servaient avec régularité. Ni effets secondaires, ni résistance du virus au produit n’ont été constatés pendant la durée de l’étude.

Depuis près de 20 ans, une dizaine de gels microbicides contre le sida ont déjà été mis au point. Mais ils ne protégeaient de rien, voire entraînaient une surcontamination par le virus. Les résultats très encourageants de l’étude pourraient déboucher sur « une large disponibilité de ce gel dès janvier 2011 », estime le directeur de l’Agence nationale de recherche sur le sida en France, Jean-François Delfraissy cité par Le Monde.

Les femmes payent un lourd tribut au sida

« Nous donnons de l’espoir aux femmes », s’est réjouit le directeur exécutif de l’Onusida Michel Sidibé. Un espoir bienvenu, les femmes représentant plus de la moitié des nouvelles infections dans le monde. Le sida est devenu la principale cause de décès chez les femmes en âge de reproduire, selon l’Onu. En Afrique sub-saharienne, 60% des personnes vivant avec le HIV sont de sexe féminin. De même, les jeunes filles y ont trois fois plus de risques d’être infectées par le virus que les garçons du même âge.

« Les femmes représentent la majorité des nouveaux cas d’infection par le VIH dans le monde, ces résultats constituent donc une étape importante pour fournir à une population à risque un outil de prévention sans danger et efficace», estime Anthony Fauci, directeur de l’Institut national américain des allergies et des maladies infectieuses. Le tout pour un coût abordable : de 8 à 15 centimes d’euros par application.

« Ce sera une des grandes nouvelles de Vienne, a estimé le Pr Delfraissy. Si ces bons résultats se confirment, on disposera pour la première fois d’un outil de prévention que les femmes peuvent gérer elles-mêmes. C’est très important, notamment pour les pays du Sud ». Les chercheurs estiment que ce gel pourrait « remplir un manque important dans la prévention contre le VIH, surtout pour les femmes incapables de négocier avec succès une monogamie mutuelle ou l’usage du préservatif ».