Un Africain Nobel de littérature ?

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L’Afrique des lettres est généralement boudée par le comité Nobel. Depuis 1901, seuls quatre écrivains du continent ont été récompensés. Selon de nombreux observateurs, il y toutefois de fortes chances pour que l’académie suédoise consacre cette année un Africain. Quatre auteurs du continent figurent parmi les favoris : Assia Djebbar, Nuruddin Farah, Ngugi wa Thiong’o et Chinua Achebe.

L’Afrique est sans doute le continent le moins récompensé par le comité Nobel. Depuis l’instauration de la prestigieuse récompense littéraire en 1901, seuls quatre écrivains africains ont été distingués : les deux Sud-Africains anglophones Nadine Gordimer et John Maxwell Coetzee, respectivement en 1991 et 2003, le Nigérian anglophone Wole Soyinka en 1986 et un seul écrivain arabophone, l’Égyptien Naguib Mahfouz en 1988. Les amoureux de l’Afrique et des lettres africaines espèrent voir cette injustice atténuée à l’annonce du lauréat du Nobel 2010, demain jeudi.

Parmi les écrivains africains, quatre noms reviennent avec insistance chez les pronostiqueurs:

Assia, l’éternelle

djebar.jpgIl y a d’abord l’écrivaine algérienne francophone Assia Djebbar, qui fait depuis quelques années régulièrement partie des favoris. « Qui mieux qu’une femme poète et écrivaine pour illustrer toute cette générosité littéraire et linguistique si propre à l’âme Africaine », s’enthousiasme le quotidien algérien El-Watan qui estime que l’auteure se trouve « en bonne place parmi les finalistes du Prix Nobel de littérature ». Assia Djebar occupe depuis 2005 le siège laissé vacant par le juriste Georges Vedel à la prestigieuse Académie française. Né le 30 juin 1936 à Cherchell, Elle est l’auteur de plusieurs romans, dont La Femme sans sépulture et Nulle part dans la maison de mon père, de pièces de théâtre et de poésies. Son œuvre engagée a été récompensée par de nombreux prix littéraires internationaux, dont le Prix Liberatur de Francfort, en 1989, le Prix Marguerite Yourcenar, en 1997, ainsi le prestigieux Prix de la paix des Éditeurs allemands, en 2000.

Nuruddin Farah, Somalie mon amour

nuruddin_farah.jpgL’écrivain somalien de langue anglaise Nuruddin Farah a lui aussi les faveurs des pronostics. Né en 1945 à Baidoa, dans le sud de la Somalie, il publie son premier roman, From a Crooked Rib, en 1970, un an après la prise de pouvoir par le général Siad Barre, dont la politique dictatoriale servira de toile de fond à sa première trilogie, Sweet and Sour Milk (1979), Sardines (1981) et Close Sesame (1983). Son œuvre est considérée comme l’une des plus importantes de l’Afrique anglophone.

Ngugi wa Thiong’o et Moi

thiongo.jpgSelon le critique littéraire français Pierre Assouline, il y a de fortes chances à pour que le Kenyan Ngugi wa Thiong’o reçoive le prix Nobel. Sur son blog La République des livres, il s’appuie sur l’analyse d’un confrère, le critique Michael Orthofer qui avait déjà vu juste l’an dernier en pariant sur Herta Müller. Né le 05 janvier 1938, Ngugi wa Thiong’o, qui écrit en langue kikuyu et anglaise, est actuellement professeur et directeur de l’International Center for Writing and Translation à l’Université de Californie à Irvine. Figure dominante de la littérature des années Moi [[Daniel Toroitich arap Moi (né le 2 septembre 1924) fut le 2e président de la République du Kenya du 22 août 1978 au 30 décembre 2002, succédant à Jomo Kenyatta.]], il a très tôt adopté des positions radicales sur la « politique néocoloniale de l’establishment kényan ».

Chinua Achebe, un héros africain

Chinua-Achebe.jpgL’écrivain nigérian d’expression anglaise Chinua Achebe est également pressenti pour le sacre littéraire. Né le 16 novembre 1930, c’est un romancier et poète dont le travail est une méditation profonde sur le colonialisme. Ses écrits mettent en scène des héros africains à la croisée d’un monde occidental parfois sans justice et une Afrique dont les valeurs traditionnelles discrédités rendent les Africains handicapés pour les temps modernes. « Je serais plus que satisfait si mes romans pouvaient déjà montrer à mes lecteurs que leur passé -avec toutes ses imperfections- n’était pas une longue nuit de sauvagerie dont ils ont été délivré par les premiers européens agissant au nom de Dieu », a-t-il déclaré un jour, commentant son œuvre.

A en croire de nombreux observateurs, l’Afrique serait cette année en bonne position pour remporter le Nobel. Le Salon du livre de Göteborg, en Suède, est un indice que les pronostiqueurs prennent très au sérieux pour désigner leur favori. L’édition 2010, qui s’est tenue du 23 au 26 septembre, a été consacrée à l’Afrique. Parmi les auteurs invités, Nuruddin Farah et Ngugi wa Thiong’o…