Un Africain dans le cosmos

Mark Shuttleworth, un jeune Sud-Africain de 27 ans, se prépare pour sa visite dans l’espace. Il sera le premier touriste africain à entrer en apesanteur. Interview d’un homme qui garde les pieds sur terre.

Mark Shuttleworth est un garçon chanceux et il le reconnaît volontiers. Après avoir créé sa société de e-commerce sécurisé à 24 ans, il se fait racheter par une compagnie américaine pour la coquette somme de 600 millions de dollars. Devenu millionnaire, il est aujourd’hui à la tête d’une nouvelle société informatique et d’une fondation sur l’éducation. Le 22 avril 2002, il décollera pour un vol de 10 jours dans l’espace dont huit au bord de la station russe ISS. Pour la modique somme de 20 millions de dollars. Interview sidérante.

Afrik : Comment vous est venue l’idée d’un voyage touristique dans l’espace ?

Mark Shuttleworth : Depuis tout petit, l’espace m’a toujours fasciné. Cela représente une frontière pour l’humanité et pour ma part un énorme défi personnel. Lorsque j’étais jeune, j’essayais de construire mes propres petites fusées avec différents mélanges de carburants. Et, il y a quelques années, j’ai commencé à chercher un moyen de m’entraîner comme astronaute. Aujourd’hui, finalement, il semblerait que ce rêve devienne réalité.

Afrik : Comment appréhendez vous le voyage, êtes vous nerveux ?

Mark Shuttleworth : Bien sûr! J’ai des moments de grande peur quand je songe aux contraintes et aux difficultés technologiques qu’impose un vol dans l’espace. Mais je considère le fait de dépasser cette peur comme une partie gratifiante du projet. Eprouver de la peur n’est pas une raison pour abandonner un rêve. Ma famille et mes amis sont à 100% derrière moi, même si certains d’entre eux pensent que c’est une idée folle et effrayante.

Afrik : Quelle sera votre mission à bord du vaisseau Soyuz ?

Mark Shuttleworth : Je vais être très pris par un programme quotidien de science expérimentale. Mais j’aurai aussi du temps pour parler avec des personnes sur terre mais aussi pour apprécier le fait d’être là bas. J’ai hâte de pouvoir méditer avec la plus belle des vues qui existe!!

Afrik : Suivez-vous un entraînement pour votre futur vol?

Mark Shuttleworth : Oui, je dois suivre un programme qui s’étend sur environ huit mois au total. Il comprend différents entraînements et des visites médicales régulières. Je dois faire mes preuves concernant les systèmes du vaisseau russe Soyouz et comprendre le système qui permet de garantir la sécurité quand je serai dans la station spatiale. L’entraînement inclut aussi une familiarisation avec l’apesanteur et la force centrifuge ainsi qu’une initiation aux systèmes de contrôles, de communication et d’orientation dans le vaisseau.

Afrik : Avez vous essayé d’entrer en contact avec Dennis Tito (l’Américain qui fut le premier touriste dans l’espace) ?

Mark Shuttleworth : Oui, nous nous sommes rencontrés. C’est un homme incroyable qui donne l’impression d’avoir été profondément touché par son expérience dans l’espace.

Afrik : Vous avez déclaré que vous espériez que votre expérience incite les Africains à croire en leurs rêves…

Mark Shuttleworth : Je pense que tout le monde a des rêves qui paraissent inaccessibles. Mais le monde est un endroit surprenant et je pense que les gens qui se battent pour leurs rêves les transforment très souvent en réalité. Les rêves nous aident à avancer et à nous motiver lorsque les temps sont durs. A mon avis, l’Afrique a autant besoin de croire en ses rêves que le reste du monde, si ce n’est plus !

Afrik : Vous avez un parcours assez exceptionnel. Pensez-vous que tous les Africains aient les mêmes opportunités que vous ?

Mark Shuttleworth : Contrairement à ce que les gens pensent et à ce que relate la presse, les opportunités sont nombreuses en Afrique pour ceux qui les cherchent et veulent bien se donner la peine d’y travailler. Bien entendu, nous devons oeuvrer pour résoudre les problèmes de base de l’Afrique mais nous devons aussi nous assurer d’une autre chose: que les Africains continuent à rêver et à essayer de réaliser ce qui leur est cher. C’est vrai que j’ai été très chanceux mais je ne suis pas le seul. Comme on dit quand on vise les étoiles, on atteint la lune.

Afrik : Vous avez créé votre propre fondation, quel est son objet?

Mark Shuttleworth :Elle concerne l’innovation en matière d’éducation. On subventionne des projets originaux afin d’essayer de rendre l’éducation en Afrique plus efficace. Par exemple nous avons développé un système d’administration ouvert et subventionnons divers supports de cours pour voir lesquels sont les plus probants. Nous encourageons beaucoup les écoles et l’éducation professionnelle en Afrique à travailler à partir d’un maximum de sources et de s’équiper en logiciels.

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