Tunisie : la rue pousse le parti de Ben Ali dans ses derniers retranchements

Les Tunisiens ont une nouvelle fois manifesté jeudi contre le parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. Conséquences : Zouheir M’dhaffer, le ministre du Développement administratif, issu du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), a démissionné de son poste. Plutôt dans la journée, l’ancien parti au pouvoir a annoncé la dissolution de son bureau politique.

La mobilisation ne faiblit pas contre le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), le parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. Comme les jours précédents, ils étaient des centaines à manifester mercredi dans les rues de Tunis et dans plusieurs villes de provinces contre l’ancien parti au pouvoir. A Tunis, les protestataires ont réussi à arriver devant le siège de la formation de l’ancien président. L’armée a dû procéder à des tirs de sommation en l’air pour disperser la foule.

Les contestataires ont tout de même marqué des points contre le parti de Ben Ali. La manifestation de jeudi a fait tomber Zouheir M’dhaffer, le ministre du Développement administratif, déjà en poste sous l’ancien régime. Il a annoncé, en début de soirée, dans un communiqué relayé par l’Agence tunisienne de presse (ATP), avoir démissionné pour « préserver l’intérêt suprême de la nation et favoriser la transformation démocratique du pays ». Auparavant, Zouheir M’dhaffer, ainsi que les sept autres ministres issus du RCD, avaient annoncé dans la matinée qu’ils quittaient la formation. En revanche, ils ont tous choisi de rester dans le gouvernement d’union conduit par Mohamed Ghannouchi, à l’exception de Zouheir M’dhaffer.

Bijoux, montres et cartes bancaires saisis

Sous la pression de la rue, le RCD a de son côté annoncé la dissolution de son bureau politique. Dans un communiqué diffusé par l’agence gouvernementale TAP, il appelle ses militants, « en cette conjoncture délicate, à contribuer au renforcement des liens de solidarité entre les Tunisiens et les Tunisiennes dans le contexte des principes de la révolution du peuple » et les « exhorte à oeuvrer en commun à l’édification d’une nouvelle démocratie sans exclusion ni marginalisation».

Le gouvernement de transition, amputé de cinq ministres (dont quatre issus de l’opposition), a tenu son premier Conseil des ministres en début d’après-midi avec plus d’une heure de retard. Le Premier ministre Ghannouchi devait prononcer un discours à l’issue de la réunion.
La traque à l’argent sale de Ben Ali s’accélère. L’Union européenne a décidé de geler les avoirs de l’ancien président et de ses proches, rapporte leparisien.fr. Les nouvelles autorités tunisiennes doivent lui transmettre une liste précise des personnes à cibler pour ces sanctions. La Suisse a annoncé avoir pris une décision similaire plutôt dans la journée.

La télévision tunisienne a pour sa part annoncé que 33 membres de la famille du président déchu ont été arrêtés ces derniers jours, sans toutefois préciser les noms des interpellés. La chaîne publique a en outre diffusé les images de nombreux bijoux, montres et cartes bancaires saisis.

Une enquête judiciaire pour « acquisition illégale de biens », « placements financiers illicites à l’étranger » et « exportation illégale de devises » a été également été ouverte mercredi contre le président déchu et sa famille. Celle-ci vise nommément l’ancien chef d’Etat, sa femme Leila Trabelsi, « les frères et gendres de Leila Trabelsi, les fils et les filles de ses frères ».

Le gouvernement de transition est chargé de préparer des élections présidentielle et législatives d’ici six mois.