Tunisie : la déroute des censeurs

Il n’était pas possible de critiquer, même très légèrement, le Président Ben Ali, sa famille, et la manière de plus en plus privative et autocratique dont il gérait la Tunisie. Mais soudain le mur du silence s’est effondré. Dès lors, le Roi était nu.

L’indépendance et la liberté de blâmer n’existaient pas, au sein des médias tunisiens, et la Loi du silence édictée par le régime autoritaire mis en place par le Président Ben Ali s’étendait même au delà des frontières de la Tunisie.

Un site d’information non contrôlé, comme AFRIK.COM, était en permanence inaccessible depuis le territoire tunisien, tout simplement parce que les forces e sécurité se méfaient comme la peste de toute communication qui aurait pu contester la politique du gouvernement tunisien ou les agissements « prédateurs » des hautes sphères du régime. Nous avons payé notre liberté de parole, pendant plus d’une décennie, par une censure quotidienne.

C’est pourtant l’information qui aura eu raison de Ben Ali, en un siècle où elle devient proliférante et impossible à réguler : les réseaux sociaux ont fait d’avantage en quelques semaines pour mobiliser la société tunisienne et la précipiter dans la colère et la contestation, que tous les communiqués des chefs de file de l’opposition, depuis plus de quinze ans!

Dans un pays sous surveillance et entouré de hautes murailles de silence, l’irruption de l’actualité quotidienne, via facebook et autres réseaux sociaux, a soudain provoqué une prise de conscience générale. L’indignation s’est soudain donné libre court, alors qu’elle était refrénée et cachée, sans possibilité de s’incarner dans une opposition politique normale. Le peuple a commencé à gronder. Et s’étonnant un peu de son propre courage, il a appris à rugir. Et comme ses rugissements ne soulevaient pas d’échos, il a commencé à passer aux actes.

Ainsi cette révolution d’un nouveau genre s’est bien sûr appuyée sur l’accumulation des mécontentements, mais surtout sur leur expression libre, via les nouveaux outils de communication qu’offre Internet et ls nouveaux réseaux. C’est ainsi que la révolte commença à énoncer, sans qu’on puisse réprimer sa parole, les dysfonctionnements du régime, prévarication , prise illégale d’intérêts, arbitraire protégeant les comportements prédateurs.

Tant de silences soudain rompus, tant de renoncements soudain effacés, tant d’injustices à réparer… Le modèle tunisien se fissurait, Ben Ali lui-même soufflait le chaud et le froid, et l’accélération un peu chaotique des dernières heures montrait soudain à tous la fragilité des forces sur lesquelles il se reposait.

D’où l’impression d’une crise soudaine, brutale, et l’incompréhension manifeste des différentes chancelleries du monde. Une révolution est toujours brutale, même quand ses racines sont profondes et que le terreau de la révolte a été régulièrement arrosé, apparemment sans effet… La Révolution du jasmin n’a pas échappé à cette règle. Ce qui est moins certain aujourd’hui, c’est la nouvelle ère qu’aborde la Tunisie !

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