Tunisie : l’heure des comptes a sonné


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De retour en Tunisie après une visite de cinq jours dans le Golfe, le premier ministre tunisien est rentré au pays avec des chiffres pleins la tête. Quel a été l’objet de son déplacement ?

Le chef du gouvernement tunisien, Mehdi Jomâa, en poste depuis le 10 janvier, est rentré le 19 mars d’une tournée aux Emirats Arabes Unis, en Arabie Saoudite, au Qatar, à Bahreïn et au Koweït. L’opération séduction de Jomâa visait à débloquer des aides financières afin de rassurer les partenaires étrangers.

Avant son déplacement dans le Golfe, le Premier ministre tunisien s’était entretenu avec le commissaire à l’élargissement de l’Union européenne (UE), Stefan Füle, qui lui aurait assuré que l’UE accordera davantage d’aides à la Tunisie en 2014 qu’elle ne l’avait fait l’an dernier. Cette décision s’explique principalement par la levée de l’état d’urgence intervenu le 5 mars.

Tunisie cherche prêteurs

L’UE s’est ainsi engagée à verser un prêt de 250 millions d’euros à la Tunisie, selon le gouverneur de la Banque centrale du pays, Chedly Ayari. La Banque mondiale devrait emboîter le pas à l’UE en versant un prêt de 500 millions de dollars en 2014, soit 362 millions d’euros.

Ces promesses de prêts tombent à pic. Car « pour la première fois de l’histoire de la Tunisie, les dépenses de base excéderont les recettes », a expliqué l’économiste Moez Ejjoudi à Magharebia. Cette année, le déficit budgétaire atteindra 7,8 milliards de dinars, soit 3,56 milliards d’euros (12% du PIB).

« La caisse de subvention se monte actuellement à 5,5 milliards de dinars [2,50 milliards d’euros], et nous comptons quelque 700 000 salariés dans la fonction publique, alors qu’elle peut fonctionner avec seulement 350 000 personnes. Tous ces facteurs contribuent au déficit budgétaire », complète l’économiste.

Une visite échec ?

L’accueil réservé par ces pays du Golfe à Jomâa et son équipe n’aurait pas été à la hauteur des attentes de la délégation tunisienne. Hormis peut-être aux Emirats arabes unis. Certains journaux tunisiens affirment que « les résultats attendus ne devraient pas soulever un optimisme démesuré voire même seraient loin d’être acquis ». « Cependant, il semblerait que si les Emiratis seraient prêts à mettre la main à la poche pour soutenir Mehdi Jomâa et son équipe, et à apporter leur soutien à la Tunisie afin qu’elle puisse passer sans encombres cette dernière période de transition, ce ne serait pas le cas du « Géant » régional, l’Arabie Saoudite », écrit Webdo.tn.

L’Arabie Saoudite qui a classé les Frères musulmans comme « organisation terroriste » voient d’un mauvais œil la popularité de l’équivalent des Frères musulmans en Tunisie : Ennahda, dont le leader, Rached Ghannouchi, est l’une des figures emblématique. Lors d’une interview accordée au quotidien officiel saoudien Al-Riyadh, Mehdi Jomâa a affirmé que la décision saoudienne était « positive » et que la Tunisie la partageait, « estimant que le terrorisme n’a pas sa place dans nos pays ». Il a ajouté que « la Tunisie est contre toute instrumentalisation idéologique, et que tout individu ne respectant pas la loi doit être combattu. »

L’aide saoudienne pourrait-elle arriver si la Tunisie classait elle aussi les Frères musulmans – par conséquent Ennahda – comme étant une organisation terroriste ? Mehdi Jomâa serait alors face à un dilemme : sauver l’économie du pays ou préserver Ennahdha.

Emprunter aux citoyens

Jomâa explore toutes les pistes, même celle qui consiste à emprunter aux citoyens. Cette stratégie d’emprunt direct auprès des Tunisiens en période de crise budgétaire avait déjà été utilisée à deux reprises.

Parallèlement, le gouvernement réfléchit à relever le prix de certains produits subventionnés, tel que le carburant, afin d’alimenter l’économie et couvrir les besoins financiers du pays. Une telle décision risquerait en revanche de déclencher une colère sociale mais également politique puisque le parti de gauche Front populaire (FP) a fait savoir que la caisse des subventions ne doit en aucun cas être remaniée.

La visite du chef du gouvernement dans le Golfe semble en tout cas avoir satisfait les jeunes diplômés. « Après trois ans de stagnation, la Tunisie a besoin de lancer de nouveaux projets et de stimuler l’économie pour créer des emplois », estime Mounira Al-Arki, étudiante en droit. Wissam Ben Moussa, 34 ans, fait partie de ces citoyens sans emploi. « La Tunisie est un petit pays, et nous ne disposons d’aucune ressource naturelle », explique-t-il à Magharebia. « La seule solution consiste à attirer les investisseurs et à créer des emplois dans un environnement de bonne stabilité politique et de sécurité », conclut-il. Encore faut-il que les pays du Golfe mettent concrètement la main à la poche…

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