Tunisie : Ennahda plaide pour un « gouvernement d’union nationale »

Dans un communiqué co-signé ce mardi par une quinzaine de partis alliés, Ennahda a fait appel « à la construction d’une coalition nationale large pour mettre en œuvre les objectifs de la révolution ». Alors que dans les rues, la colère des Tunisiens n’a pas faibli après l’assassinat la semaine dernière, de Mohamed Brahmi, et l’embuscade survenue ce mardi sur le mont Chaambi, faisant huit morts parmi les militaires tunisiens.

Au lendemain de la mort de huit militaires tunisiens, le parti islamiste au pouvoir en Tunisie s’est déclaré favorable, à l’élargissement de la coalition gouvernementale. Mais cette déclaration n’est pas à la hauteur de l’attente de la population tunisienne, dont une partie est descendue dans les rues pour réclamer la démission du gouvernement, suite aux événements sanglants survenus dans le pays, provoquant la mort de l’opposant Brahmi et huit militaires tunisiens. Une quinzaine de partis tunisiens ont approuvé cette déclaration. Et en tête des signataires, on trouve le parti islamiste Ennahda. Dans ce communiqué commun, les différents partis se disent favorables à « l’attachement au consensus et au dialogue » et appellent donc à « élargir la base politique du pouvoir ». « Nous appelons à la construction d’une coalition nationale large pour mettre en œuvre les objectifs de la révolution » de janvier 2011, stipule le communiqué.

Pro et anti-Ennahda dans la rue

Depuis l’assassinat jeudi 25 juillet du député de l’opposition, Mohamed Brahmi, plusieurs milliers de Tunisiens anti et pro-Ennahda sont dans les rues, et manifestent parfois face à face, comme ce mardi face à l’Assemblée, après la rupture du jeûne. Les premiers nommés réclament la dissolution et la démission du gouvernement, tandis que les seconds, bien au contraire, approuvent la légitimité du gouvernement. Et pour l’instant ce sont les pro-Ennahda qui obtiennent gain de cause.
Le Premier ministre Ali Larayedh est resté très ferme lundi lors d’une conférence de presse, écartant toute possibilité de démission de son gouvernement. Il a alors affirmé qu’il était opposé « à ce que le gouvernement cesse de travailler », dans un entretien accordé à la chaîne d’Etat Warraniya-1. Une réponse à la demande formulée par le puissant syndicat UGTT, au parti laïc de centre-gauche Ettakatol, pourtant allié aux islamistes au pouvoir, à l’organisation patronale Utica, au ministre de l’Intérieur, Lotfi Ben Jeddou et à la Ligue tunisienne des droits de l’Homme, qui multiplie les appels pour la formation d’un nouveau gouvernement.
« Un dialogue peut concerner la formation du gouvernement et aller vers son élargissement. Quand j’ai formé le gouvernement, j’ai proposé un gouvernement d’union nationale », a déclaré le Premier ministre, faisant référence aux négociations qui ont échoué lors de la formation du gouvernement, car l’opposition avait jugé qu’Ennahda voulait s’approprier une large partie de l’exécutif.
Les signataires alliés à Ennahda affirment dans le communiqué leur « attachement à l’Assemblée nationale constituante (ANC) en tant qu’instance légitime issue des élections libres ». Cette position approuve aussi le soutien de l’UGTT, l’Utica et Ettakatol.

Ennahda doit prendre une prochaine décision

Selon un tweet de Yusra Ghannouchi, la fille du chef d’Ennahda, Rached Ghannouchi, le parti d’Ennahda doit organiser une réunion extraordinaire dans les heures à venir pour déterminer sa position. En attendant, au sein même de l’opposition, des désaccords demeurent. Certains réclament un nouveau gouvernement de « compétence », alors que d’autres se montrent favorables à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Pendant ce temps, une soixantaine de députés et l’extrême gauche réclament un « gouvernement de salut national » et la dissolution de l’ANC.
Depuis la formation de l’actuel gouvernement en mars dernier, les autorités ont annoncé de multiples calendriers électoraux qui n’ont pas été respectés, et la Constitution n’a toujours pas été adoptée. Le Président Marzouk, dans une adresse à la nation, appelle à l’union nationale, tout comme la presse locale qui se montre très inquiète de la situation du pays. Nombreux journaux titrent et plaident pour l’union nationale, ce que souhaite le parti Ennahda. Sauf que les conditions de la formation de ce gouvernement restent à déterminer.