Trois jeunes écroués au Cameroun pour avoir dénoncé des « conditions de travail pas du tout catholiques »


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Prison
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« Un an d’emprisonnement ferme, assorti d’une amende de 500 000 FCFA, chacun ». C’est qu’on peut retenir du procès très expéditif concernant : Clément Bonda Ytembe, André Boris Wameni et Flavy Kameni Wouwe, condamnés le 17 juin 2021, par le Tribunal de Première Instance de Mbanga, région du Littoral.

Ces jeunes gens, tous employés à la société des plantations des Hauts-Penja (PHP), séjournent à la prison de Mbanga, depuis le 12 juin 2021, quelques jours après leur arrestation par des forces de sécurité, suite à des injures prononcées à l’encontre de Paul Biya et des ministres, dans une séquence vidéo amateur qu’ils avaient pris la peine de tourner eux-mêmes dans les plantations de leur employeur, aux premières heures de juin 2021.

En effet, ces trois hommes sont condamnés après qu’une vidéo présentant Clément Bonda Ytembe, prononçant des propos discourtois à l’endroit du chef de l’État et des membres du gouvernement, soit devenue virale sur les réseaux sociaux. D’après Me Fabien Kengne, conseil de la défense, « l’acteur principal de la vidéo, Bonda Ytembe, a été interpellé par les éléments de la gendarmerie de Njombé, mardi (8 juin 2021) soir alors qu’il allait acheter la bière à son père.

Ils l’ont brutalisé et cassé la bouteille de bière qu’il avait en main. Ses deux co-prévenus, Wameni et Kamou, ont été interpellés à leur lieu de service, le lendemain, mercredi à 11h, à la PHP et conduits à la compagnie de gendarmerie de Mbanga qui, après enquête les a déférés devant le procureur qui les a mis sous mandat de dépôt à la prison principale de Mbanga », explique l’avocat. Dans ses plaidoiries, la défense avait requis l’acquittement des prévenus placés sous mandat de dépôt le 12 juin. Une défense qui n’a pas prospéré. A la fin de l’audience, le collectif d’avocats de la défense, sous la conduite de son représentant, a exprimé son indignation devant les journalistes présents.

« C’est vrai que personne n’approuve les déclarations faites, mais on aurait pu prendre ça comme un coup de gueule. C’est parce qu’ils sont mal dans leurs chairs par rapport à ce qu’ils vivent. Ytembe qui figure sur la vidéo en question vous dit que sa mère est à l’hôpital, il ne peut pas lui assurer le moindre soin avec son salaire d’environ 38.000 FCFA. Il ne peut pas avoir une vie. Même pour aller au boulot, il ne mange pas un seul beignet, il ne prend pas le petit déjeuner. Il vit aujourd’hui de ce qu’il a travaillé hier. Il n’a pas une vie. C’est dans cet état qu’il a appris qu’on aurait volé 180 milliards de FCFA », a déclaré Me Fabien Kengne au terme du procès, annonçant la décision de la défense de faire appel.

« Des enquêtes que j’ai menées, j’ai constaté qu’ils n’ont pas un passé criminel. Donc ce sont des honnêtes citoyens qui en ont eu ras-le-bol. Je crois que tout le monde a été indigné d’apprendre que l’argent qui a été prêté par les organisations internationales et qui sera remboursé par les générations futures, aurait été détourné massivement par ceux qui sont nos dirigeants », a poursuivi Me Fabien Kengne.

« Je suis très déçu de la décision prise ce jour, par le tribunal de première instance (TPI) de Mbanga. Quand je sais que Clément Bonda Ytembe, titulaire d’un Bac + 3, se débrouille de la meilleure des manières pour survivre, n’a fait qu’exprimer son ras-le-bol, bref, parler fort ce que les autres parlent bas, face aux conditions de travail pas du tout catholiques. Eux, qui, dans un pays où les détournements sont toujours prononcés en termes de milliards, gagnent moins de 40 000 FCFA par mois. La question que je me pose est la suivante : Comment ces trois jeunes gens feront-ils pour réunir chacun 500 000 FCFA d’amende ? », s’exclame un habitant de la ville de Njombé.

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