Mohammed VI gracie les supporters sénégalais : Rabat éteint l’incendie avant le TAS


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Supporters Maroc et Sénégal
Supporters Maroc et Sénégal

Annoncée à la veille de l’Aïd, la grâce royale accordée aux supporters sénégalais condamnés après les incidents de la finale CAN 2025 se veut un geste humanitaire. Mais Mohammed VI désamorce ainsi une crise diplomatique avec Dakar pendant que le Sénégal maintient son recours devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

Mohammed VI a accordé sa grâce aux supporters sénégalais incarcérés après les incidents de la finale de la CAN 2025. Le communiqué royal invoque des « considérations humanitaires » et l’ancienneté des liens entre Rabat et Dakar. La formule appartient à la routine diplomatique.

La finale Maroc-Sénégal n’a jamais vraiment été refermée. Depuis le verdict de la Confédération africaine de football (CAF) favorable au Maroc, en quelques semaines, le dossier a quitté le terrain sportif pour s’installer dans le champ politique. Vainqueur sur la pelouse mais privé du titre par les instances africaines, le Sénégal a saisi le TAS pour récupérer son trophée. Tant que la procédure suit son cours à Lausanne, garder des supporters sénégalais derrière les barreaux marocains représentait un coût diplomatique croissant pour Rabat qui pouvait faire pencher la balance du mauvais côté.

Un signal politique adressé à Dakar

Avec ce pardon, le palais choisit l’apaisement après les images d’arrestations et la mobilisation des familles à Dakar. Rabat ne revient pas pour autant sur les condamnations prononcées, la grâce intervient sans remettre en cause les décisions de la justice marocaine.

Le contentieux sportif peut se poursuivre devant les juridictions compétentes, à condition de ne pas dégrader la relation bilatérale. Le Sénégal demeure l’un des points d’appui du Maroc en Afrique de l’Ouest, notamment dans la diplomatie économique et religieuse que Rabat y déploie depuis une décennie. Une affaire de supporters détenus aurait fourni un symbole encombrant aux voix qui dénoncent une domination marocaine sur le football africain. Un modèle d’influence que défend Fouzi Lekjaa, le président de la Fédération Royale Marocaine de Football.

Le choix de l’Aïd Al-Adha donne à la décision une coloration religieuse et populaire. La grâce s’inscrit dans la tradition royale de clémence associée à la fête. Ainsi, elle est politiquement plus aisée à porter au Maroc. Du côté sénégalais, elle ramène les supporters dans leurs familles à un moment hautement symbolique et permet au gouvernement de sortir de l’actualité liée à la rupture Sonko-Diomaye sur fond de Loi contre l’homosexualité.

Protéger l’héritage de la CAN 2025

Le royaume cherche aussi à préserver la CAN 2025 d’une association durable avec une brouille africaine. La compétition devait avant tout consacrer sa capacité d’organisation en prévision du Mondial 2030.

Mais la grâce ne tranche pas le fond du dossier. Le TAS dira si la décision sportive de la CAF doit être réformée. Mohammed VI gracie pour apaiser le présent et protéger l’image post-CAN.

Amadou Atar
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Amadou Atar est une référence dans le monde du football africain. Il est précis et objectif dans ses articles, même si on ne peut lui enlever un penchant historique pour le mythique club français de Saint-Etienne où sont passés plusieurs des plus grands joueurs africains de l'histoire
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