Trente-cinq sans-papiers de Lille risquent l’expulsion

Trente-cinq des 42 sans-papiers en grève de la faim à Lille (France) ont été transférés en centre de rétention et risquent d’être expulsés prochainement. Le préfet du Nord-Pas-de-Calais ne compte pas céder aux grévistes, que soutiennent certaines associations.

« Grève de la faim égale reconduite à la frontière ». C’est le nouveau mot d’ordre de Daniel Canepa, préfet du Nord-Pas-de-Calais (Nord de la France). Le ton est donné. Sur les quarante-deux sans-papiers grévistes de la faim arrêtés mardi à Lille, trente-cinq ont été emmenés au centre de rétention du Mesnil-Amelot, ce qui laisse à penser qu’ils seront prochainement expulsés. Parmi eux, on compte « vingt-six Guinéens, six Algériens, deux Marocains et un Sierra Léonais », a indiqué le préfet Canepa au cours d’une conférence de presse.

Ces arrestations interviennent une semaine après la présentation par le préfet d’un dispositif de « sortie de crise », qui ne vaut que si les grévistes mangent de nouveau. Ce plan prévoit notamment le réexamen de 150 dossiers, dont ceux des grévistes, et que pendant cette procédure les personnes concernées ne soient pas expulsées et obtiennent des papiers provisoires.

Six associations, dont Emmaüs et la Cimade, ont accepté. Le Comité de soutien aux sans papiers du Nord (CSP-59), la Ligue des droits de l’Homme et le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples et les jeûneurs ont quant à eux rejeté le dispositif, le jugeant « irrecevable ». Le Comité de soutien demande entre autres la régularisation de tous les grévistes, ainsi que de 500 étrangers en situation irrégulière, en s’appuyant sur des accords passés en 2004 avec la préfecture.

Pas de compromis pour le préfet

« Ceux qui se placent en dehors des accords (…) et de la législation ont fait et feront l’objet d’un examen de situation, a affirmé le préfet mercredi. Si elle n’est pas conforme à la loi, ils seront reconduits à la frontière. » Le ton se durcit et le préfet affirme que des opérations comme celle de mardi pourraient être renouvelées. Il estime que les sans papiers usent du chantage pour arriver à leur fins et obtenir un titre de séjour.

« Depuis 1996, c’est la 13e ou 14e grève de la faim de sans-papiers à Lille », a-t-il déclaré. « Pendant 11 ans, on a fait une équation tout à fait anormale (…) Je le dis clairement, l’équation a changé, c’est la rupture. Grève de la faim n’égale plus régularisation, grève de la faim égale reconduite à la frontière », a-t-il ajouté. Le préfet n’est pas prêt à céder et les discussions avec les associations semblent en suspens. Quant aux grévistes, soixante-cinq refusent toujours de s’alimenter, alors que sept personnes arrêtées le 1er août ont été expulsées vers la Guinée Conakry.

Objectif : 25 000 reconduites à la frontière

Cette opération policière est intervenue au moment où Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement, a rappelé mardi l’importance de « redoubler d’efforts pour interpeller les personnes en situation irrégulière ». Avec un objectif affiché de 25 000 reconduites, le ministère s’estime « légèrement en dessous des objectifs fixés pour 2007 ».

Dans l’immédiat, la question qui se pose est celle de l’état de santé des grévistes de la faim. Certains ont commencé le mouvement depuis le 15 juin, et il est clair qu’une reconduite à la frontière dans cet état physique (certains auraient du mal à se tenir debout, d’autres cracheraient du sang) n’est pas sans risque. Rappelons qu’au-delà de 80 jours, une grève de la faim peut s’avérer très dangereuse.