Togo : la fièvre du samedi Soo

En pays Kabyè au Togo, de décembre à février, c’est la période des grandes funérailles. Une période très festive pendant laquelle des musiciens traditionnels jouent en pleine rue et une danse du nom de Soo est exécutée durant les cérémonies.

Dans la région de Kara, à 400 km au nord de la capitale togolaise, au pays Kabyè, entre décembre et février, c’est la période des grandes funérailles. On assiste à de belles fêtes dans les villes et dans tous les cantons. Ces festivités sont destinées à rendre hommage aux défunts et c’est l’occasion pour les familles des défunts de montrer leurs richesses matérielles. Pour ce peuple, les funérailles sont un moyen d’honorer les parents défunts. Pendant ces cérémonies, les personnes les plus sollicitées sont les gendres et les belles- filles qui apportent leurs contributions afin de rendre hommage à leur belle-mère dans l’au-delà. Ils organisent chacun leur danse Soo , apportent des bidons de boissons locales (tchoukoutou ou sodabi), des sacs de riz, de maïs et un bélier.

La compétition de la danse Soo

Tout d’abord pour montrer son soutien, le gendre doit se rendre chez sa belle-famille, accompagné de sa propre famille en chantant, en dansant et apporter un certain nombre de bidons de boissons locales. Ces présents sont destinés à signifier son attachement à la belle-mère. Quand la défunte à plusieurs gendres, les funérailles se transforment en une compétition de danse. Regroupés autour des joueurs d’instruments locaux, saupoudrés de talc de la tête au pied, les gendres portent parfois des cravates pour montrer leur virilité, la maison mortuaire se transforme alors en un champ de bataille où a lieu une compétition de Soo, la danse traditionnelle Kabyè.

Si les hommes dansent devant la belle-famille, les belles-filles rendent un dernier hommage en chantant et en se lançant dans un jeu assez curieux : un concours de mimique. La gagnante est celle qui imite le mieux la belle-mère défunte, souvent la gagnante est la belle-fille préférée, qui était la plus proche de la défunte.

Une tradition Kabyè

Comme dans toute fête, de l’excès est recensé pendant ces cérémonies. Ces fêtes censés rester sobres, le samedi est dédié à la danse Soo et le dimanche aux nourritures et à la prière. Mais on en fait tellement pendant ces deux jours que le lendemain, les mets qui n’ont pas été mangés sont jetés et les boissons renversées.
Il arrive aussi souvent que des tensions apparaissent entre les sœurs ou demi-sœurs d’une même famille. Car porter des pagnes et des bijoux de qualité pendant ces jours a pour but de minimiser le foyer de ses sœurs. Ceci divise des familles car certaines se sentent déshonorées devant le public.

Par Brahim Konaté