Togo : Edem Kodjo nommé Premier ministre

L’opposant togolais modéré Edem Kodjo a été nommé mercredi Premier ministre par le Président Faure Gnassingbé. La veille, le chef de l’Etat togolais avait « catégoriquement » rejeté la plate-forme politique que lui avait présentée l’opposition radicale pour sortir de la crise. Visiblement conforté par le soutien de l’UA, de la Cedeao, de Bruxelles ou encore de Paris, Faure Eyadéma est prêt à travailler sans ses plus féroces opposants.

Plus d’un mois après sa victoire contestée aux présidentielles togolaises (24 avril), Faure Gnassingbé a désigné mercredi l’opposant modéré Edem Kodjo à la tête du gouvernement. Le président de la Convergence patriotique panafricaine (CPP) connaît bien les rouages du pouvoir pour avoir exercé les fonctions de Premier ministre, de 1994 à 1996, sous la présidence de Gnassingbé (Eyadema) père. L’ancien secrétaire général de l’Organisation de l’Union africaine (OUA, 1978-1983) avait également occupé les ministères de l’Economie et des Finances, puis des Affaires étrangères, dans les années 1970, sous l’autorité du même chef de l’Etat.

L’opposition dans l’impasse

En compagnie d’autres leaders de l’opposition dite « modérée », Edem Kodjo a très tôt approuvé la proposition faite par Faure Eyadéma – avant, pendant et après les présidentielles – de former un gouvernement d’union nationale. Il avait même estimé dans une interview accordée à l’hebdomadaire Jeune Afrique l’Intelligent que l’offre de la Coalition de l’opposition d’organiser une nouvelle élection présidentielle, sous la houlette d’un gouvernement de transition, n’était « pas réaliste ».

« Je ne sais pas encore quelle est la position de la coalition, mais pour l’UFC (Union des forces de changement, parti de Gylchrist Olympio), cette nomination est un non-événement. Les élections se sont déroulées dans des conditions conflictuelles et elles nécessitent une solution politique. Dans les conditions actuelles, nous ne pouvons pas participer au gouvernement », explique Patrick Lawson, membre du bureau national de l’UFC et directeur national adjoint de campagne de la coalition. Pour lui, le pouvoir et le RPT (Rassemblement pour le peuple togolais, ex parti unique) sont les seuls interlocuteurs de la Coalition et de son parti. « Le problème pour nous n’est pas la personne, mais les outils dont elle disposera pour mettre fin à la crise. Je ne crois pas qu’Edem Kodjo dispose de moyens suffisants. Si le pouvoir nous dit maintenant que c’est le Premier ministre qui le représente, en même temps que le RPT, alors nous discuterons », conclut-il, affirmant que son parti n’a pas rompu ni ne rompra le dialogue avec personne.

«Ou vous venez, ou nous avançons sans vous»

Mais les lectures des deux protagonistes sont inconciliables. La coalition rejette des élections entachées de fraudes et appelle à une solution politique, là où le pouvoir voit son candidat démocratiquement élu tendre la main aux opposants. L’incompatibilité de points de vue entre les deux protagonistes s’était traduite, lors du sommet d’Abuja (Nigeria, 19 mai), par un échec des discussions visant à résoudre la crise togolaise. Yawovi Agboyibo, président du Comité d’action pour le renouveau (CAR, membre de la Coalition), avait alors regretté les « réponses partielles » apportées aux revendications de la Coalition, tout en appelant à l’organisation « d’autres Abuja pour qu’on puisse sortir le pays de la crise». L’une des revendications concernait «l’ouverture d’un dialogue sur un gouvernement de cogestion», dont Faure Ganssingbé ne veut pas entendre parler. Ce dernier était sorti du sommet renforcé. Les six chefs d’Etat présents l’avaient reconnu dans ses fonctions de Président et avaient invité l’opposition dîte «radicale» à participer au gouvernement. Une semaine plus tard, l’UA levait les sanctions prises contre le Togo, le 25 février dernier, à la suite du putsch du fils Gnassingbé.

Fort de cette légitimité, Faure avait prévenu l’«opposition radicale», le 4 juin dernier, en présence de son principal soutien, le Président du Nigeria et de l’UA, Olusegun Obasanjo : «Ou vous venez et nous avançons, ou vous restez en dehors et nous avancerons quand même sans vous». Lundi, il a « catégoriquement » rejeté la plate-forme politique que la Coalition lui a présentée. Outre le désarmement des milices et la libération des prisonniers d’opinion, le texte insistait sur la formation d’un gouvernement de transition, composé à parité – 45% chacun – de membres de la Coalition et du RPT, les 10% restant incombant à d’autres « forces politiques significatives du pays ». Le tout, sous la houlette d’un Premier ministre issu de la Coalition et avec une Assemblée nationale neutralisée, privée de son droit de censure. Dans un communiqué, la présidence s’est indignée du fait que la plate-forme n’évoque même pas «le pouvoir constitutionnel du Président de la République et de l’Assemblée nationale».