Tchad : Paris hausse le ton, les rebelles aussi

Les rebelles tchadiens mettent « en garde la France contre toute intervention directe » dans le conflit qui les oppose au régime d’Idriss Déby. Nicolas Sarkozy a prévenu la veille, après le vote de l’ONU d’une déclaration appelant au « soutien au gouvernement du Tchad », qu’elle était prête à faire son devoir. Les ministres français des Affaires étrangères et de la Défense se sont voulus encore plus clairs ce mercredi.

Paris multiplie les gestes et les prises de paroles menaçantes à l’égard des rebelles tchadiens depuis que le Conseil de Sécurité de l’ONU a adopté, lundi, une déclaration non contraignante, à la demande de la France, appelant « les Etats membres à apporter leur soutien au gouvernement du Tchad ». « Maintenant qu’il y a la décision du Conseil de sécurité, il faut laisser le Tchad tranquille », a ainsi prévenu Nicolas Sarkozy ce mardi. « Si la France doit faire son devoir, elle le fera (…) Si le Tchad était victime d’une agression, la France aurait – je mets le conditionnel – les moyens de s’opposer à cette action », a insisté le président français.

Les rebelles sont loin : « Cela nous laisse un peu plus de marge »

Le « devoir » de la France, a précisé mercredi le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, « ce serait de protéger, peut-être maintenant de façon plus décisive si le besoin s’en faisait sentir, le gouvernement légal ». De son côté, le ministre de la Défense, Hervé Morin, qui a fait le voyage à N’Djamena pour porter « un message de soutien au président Déby », est allé encore plus loin dans la définition des velléités hexagonales.

« Pour l’instant, nous n’avons pas de nouvelles attaques prévisibles. On vient de faire un point d’opération, il y a en effet une colonne de soutien qui est en route mais elle se déplace lentement (…) Cela nous laisse un peu plus de marge de manoeuvre pour pouvoir éventuellement opérer ».

« Ca risque de très mal dégénérer » pour la France

De leur côté, les mouvements rebelles tchadiens, conscients qu’ils n’ont militairement aucune chance si la France entre en jeu plus qu’elle ne l’a fait jusque là, assurent mercredi que les menaces de Paris ne les « dissuadent pas ». « Nous mettons en garde la France contre toute intervention directe. Ca risque de très mal dégénérer pour elle, a menacé le porte-parole des groupes rebelles unifiés, Abderamane Koulamallah, auprès de l’AFP. Elle risque de perdre la face au Tchad et de mettre en danger la vie de tous ses ressortissants en Afrique ».

Les rebelles, qui ont accepté un cessez-le-feu sous la pression des médiateurs libyen et burkinabé, le temps que les civils fuient la zone de combat, déclarent se trouver actuellement à 70 Km de la capitale tchadienne. Des sources militaires françaises on affirmé mercredi qu’une colonne rebelle a été repérée en direction de la capitale, mais qu’elle se trouvait encore à 200 Km de la frontière soudanaise, soit environ 600 Km de N’Djamena.

Selon le site Internet Dabio.net, de violents affrontements auraient eu lieu entre cette colonne et un groupe de rebelles soudanais du Darfour venus soutenir Idriss Déby, à Oum Hajer, à 140 Km de la ville d’Abéché. Les premiers en seraient sortis vainqueurs.