Taoufik el-Amri est « mort par noyade »

Le corps de Taoufik el-Amri a été repêché mardi après midi dans un canal de Nantes « sans aucune trace traumatique ». L’ouvrier d’origine tunisienne a disparu le 22 novembre dernier après avoir été interpellé puis relâché par une patrouille de police. Trois policiers sont en garde à vue afin de s’expliquer sur des « contradictions importantes » entre leurs déclarations et celles de deux témoins clés.

Pour Priscillia el-Amri, cela ne faisait pas de doute : le corps repêché mardi après-midi en aval du canal Saint-Félix, à Nantes, ne pouvait être que celui de son mari Taoufik. Mardi soir, l’autopsie l’a confirmé. Taoufik el-Amri, un ouvrier tunisien de 33 ans, avait disparu le 22 novembre dernier après avoir été interpellé puis relâché par une patrouille de police. Il est « mort par noyade et aucune trace traumatique n’a été trouvée sur son corps », selon le rapport médical, cité par l’AFP.

L’information judiciaire ouverte par le procureur de la République de Nantes pour « disparition inquiétante », le 5 décembre, avait laissé apparaître des contradictions entre les témoignages des policiers et ceux des témoins. Au point que le procureur Stéphane Autin a demandé mardi matin une enquête à l’(IGPN) du fait de ces « contradictions importantes ». La Tunisie a demandé une information judiciaire à Paris sur cette affaire impliquant un de ses ressortissants. Trois policiers sont actuellement en garde à vue.

« Contradictions importantes »

Les deux personnes qui accompagnaient Taoufik el-Amri ce mercredi soir, et qui ont sonné l’alerte, sont d’accord sur l’heure à laquelle leur collègue de travail a été interpellé en état d’ébriété : autour de 00h15, peu avant que la patrouille ne rentre au commissariat. C’est le seul point sur lequel les témoignages concordent. Pour le reste, les fonctionnaires de police, qui recherchaient un voleur à la tire de type maghrébin et plâtré, assurent que Taoufik el-Amri « ne semblait pas suffisamment ivre pour justifier un placement en dégrisement. »

Ses amis expliquent au contraire ne pas avoir résisté à l’interpellation tellement elle leur paraissait normale. C’est pourquoi, selon des propos rapportés par le quotidien Le Monde, ils estiment que les policiers auraient dû « l’emmener directement au poste car il ne fallait pas le laisser dans la rue ». Me Gilbert Collard, le médiatique avocat de Priscillia el-Amri, qui a porté plainte contre X, assure que la procédure n’a pas été suivie et que le fait d’abandonner une personne en état d’ébriété « constitue un délit de non assistance en personne en danger ».

Mais ce sont les témoignages recueillis lundi après-midi par la juge Nathalie Clavier qui ont poussé le procureur de la République à demander une enquête à l’IGPN. Les deux jeunes femmes présentent dans le fourgon de police, au moment de l’interpellation de Taoufik el-Amri, confirment que l’ouvrier tunisien a rapidement été relâché, mais pas à l’endroit indiqué par les trois policiers. Les versions divergent d’une centaine de mètres. Selon elles, Taoufik est sorti du fourgon non loin du canal Saint-Félix. C’est d’ailleurs dans cette zone qu’une personne a trouvé le portefeuille de l’ouvrier, avec sa carte d’identité, le 24 novembre, avant de le rendre aux autorités le 10 décembre, selon Stéphane Autin. Un événement qui a déclenché les opérations de recherches dans le canal.

En image, le pont Saint-Félix, à Nantes.

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