Tanzanie : tortures policières contre les homosexuels, transexuels, prostituées…

En Tanzanie, les violences policières sont systématiques contre les personnes exposées au virus du sida. Plus encore lorsque l’on est homosexuel, prostituée ou encore transsexuel, selon un rapport de Human Rights Watch publié mardi. L’ONG appelle les autorités à mener une enquête contre les forces de l’ordre à l’origine de ces exactions.

Il ne fait pas bon vivre pour les personnes exposées au virus du sida en Tanzanie. Surtout lorsque ces personnes sont homosexuels, travailleuses du sexe, transsexuels… Elles sont fréquemment victimes de violences et discriminations policières dans le pays, selon Human Rights Watch, qui a publié un rapport en ce sens mardi. L’organisation de défense des droits de l’Homme a recueilli plusieurs témoignages de personnes ayant été victimes de tortures policières.

Le témoignage de Saidi, un jeune homosexuel arrêté en décembre 2011 par la police, est particulièrement poignant. Les policiers qui ont menacé de le tuer, avec des mitraillettes braqués sur lui, l’ont contraint à appeler « ses amis homosexuels à les rejoindre dans un bar ». Une fois que ces derniers les ont rejoint, « ils nous ont tous copieusement passés à tabac dans le bar (…) Les policiers nous ont déshabillés et ont commencé à nous frapper à coups de bâton. Ils nous ont frappés partout sur le corps. Ils nous ont mis dans une cellule au commissariat central de police. Ils nous traitaient de mashoga (terme insultant désignant les homosexuels) pendant qu’ils nous battaient », raconte Saidi.

Violés par des policiers et détenus

« Nous sommes restés quatre jours au commissariat de police, raconte le jeune homme. Les autres détenus nous ont posé des problèmes. Le quatrième jour, ces types-là ont décidé de nous violer. Ils n’ont pas utilisé de préservatifs. Nous avons refusé mais ils étaient plus forts et plus âgés que nous et ont utilisé la force. Nous avons appelé les policiers et crié à l’aide, disant : « Ces types veulent nous forcer à avoir des rapports sexuels avec eux ». Mais les policiers ont dit : « C’est bien, c’est ce que vous aimez ». J’ai été moi-même violé par trois d’entre eux. J’ai beaucoup souffert ». C’est finalement la mère du jeune homme qui a été obligée à verser « un pot de vin de 400.000 TZS (environ 244 dollars) en échange de leur libération. Une somme qu’elle a mis beaucoup de temps à rembourser ».

Jessie, une travailleuse du sexe transgenre qui a été interpellée plus de dix fois par les forces de l’ordre a également confié son calvaire : « Les policiers ne m’ont jamais forcée à avoir des relations sexuelles avec eux pour me libérer. Mais ils m’ont touchée, en se moquant de moi et en pinçant mes faux seins. Ils m’ont dit : « Montre-nous comment tu touches ton partenaire, quand tu as des relations sexuelles, comment c’est ? « . J’ai refusé. Mais ils continuaient de me toucher : « Es-tu vraiment une femme ? » Ils m’ont demandé : « As-tu un vagin ? » et ont touché mes parties génitales. »»

Ils m’ont brûlé les yeux avec de l’acide

Jonh Elias qui consomme des drogues par injection a lui été puni par les policiers qui lui ont brûlé des yeux avec de l’acide : « Ils m’ont attaché les bras et les jambes avec des chaînes et m’ont fait allonger par terre. J’ai vu une seringue remplie d’un liquide. C’est James qui la tenait. Il a dit : « Aujourd’hui est le dernier jour où vous pourrez voir, Monsieur John ». Il m’a injecté le liquide d’abord dans l’oeil droit, puis dans le gauche. J’étais étendu sur le sol. Il y avait environ cinq policiers. Ils m’empoignaient, me tenaient, me piétinaient avec leurs bottes … J’avais l’impression que mes yeux brûlaient. »

Violé en présence de mon bébé

Mwanahamisi aussi consomme régulièrement des drogues par injection. Un jour alors qu’il rentrait chez lui vers 1 heure du matin, des policiers l’ont arrêté et violé en présence de son enfant : « Six d’entre eux m’ont forcé à avoir des rapports sexuels avec eux. Tous les six m’ont violé et m’ont laissé là. Ils n’ont pas mis de préservatifs. Le viol a duré une ou deux heures. J’étais avec mon enfant. Le bébé était étendu sur le sol à côté pendant qu’on me violait (…) Après m’avoir violé, ils m’ont dit : « Ne sors pas le soir » ».

Collins a quant lui été arrêté par la police alors qu’il donnait des informations lors d’un atelier sur les dangers qu’encouraient les personnes ayant des relations sexuelles avec des personnes de même sexe : « Ils m’ont dit : « Nous vous arrêtons car vous êtes homosexuel ». Ils ne m’ont pas lu mes droits. Ils m’insultaient pendant qu’ils m’interrogeaient et disaient : « On n’a pas besoin de gens comme vous, pas besoin de vous pour survivre, c’est pourquoi nous vous combattons ». Ils ont déchiré mes vêtements. Ils m’ont frappé aux jambes avec un bâton. J’avais du mal à marcher après cela. »

Toutes ces personnes étant particulièrement exposées au virus du sida ne sont pas seulement victime de violences engendrées par la police, ils subissent aussi régulièrement des discriminations dans les hôpitaux par le personnel médical qui refuse de leur apporter des soins.

Discrimination à l’hôpital

Jamal, un homosexuel, s’est vu refuser des soins médicaux : « Le médecin m’a examiné et m’a dit que c’était une gonorrhée mais il a refusé de me soigner. Il a dit : « Vous avez des rapports sexuels avec des hommes et maintenant vous venez ici nous poser des problèmes – allez-vous en ». Il m’a dit qu’il ne me soignerait pas parce que j’étais un HSH (un homme ayant des rapports sexuels avec des hommes). Je suis rentré chez moi et ma mère m’a emmené dans un hôpital privé. »

Son compatriote Peter, un homosexuel qui est allé à l’hôpital après avoir été passé à tabac à cause de son orientation sexuelle, a été victime du même sort : « Quand j’ai informé avec franchise un médecin sur mon orientation sexuelle, il a appelé des collègues et a dit : « Hé docteur, venez voir ! », en leur disant que j’étais homosexuel (…) Vous vous sentez moins qu’un être humain dans un tel endroit. »

De même pour cette travailleuse du sexe conduite à l’hôpital après avoir attrapé une infection sexuellement transmissible. L’infirmière a refusé de la soigner après qu’elle ait dit la vérité sur son métier : « Elle a dit : « Je ne peux pas vous soigner sans voir votre partenaire ». Je suis partie et je suis allée dans un hôpital privé. »

Face à cette situation, Human Rights Watch a réclamé une enquête aux autorités tanzaniennes. Selon l’organisation de défense des droits de l’Homme, les tortures policières que subissent régulièrement les personnes exposées au virus du sida nuisent à la lutte contre la maladie, puisqu’elles rencontrent aussi des difficultés pour accéder aux soins médicaux.