Tanzanie : des milliers d’enfants au cœur des mines de la mort


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Selon le dernier rapport de Human Rights Watch publié mercredi, des milliers d’enfants sont employés dans des mines d’or en Tanzanie, au péril de leur vie. Parfois âgés d’à peine neuf ans, ils travaillent 24 heures d’affilée dans des conditions rudes.

Des milliers d’enfants qui rêvent de meilleures conditions de vies tentent leur chance dans les mines d’or en Tanzanie, quatrième producteur sur le continent. Dans son dernier rapport publié mercredi, l’organisation de défense des droits de l’Homme Human Rights Watch tire la sonnette d’alarme.

Ces enfants employés dans des mines, qui ne sont la plupart du temps pas réglementées, travaillent au péril de leur vie. Ils creusent et forent des galeries dans des puits profonds et instables, travaillant parfois 24 heures d’affilée, portant des charges lourdes, utilisant des outils dangereux, risquant les éboulements à tout moment. « Ils se retrouvent pris dans un cycle infernal de danger et de désespoir », selon Janine Morna, chercheuse sur les droits des enfants à Human Rights Watch. « La Tanzanie et les bailleurs de fonds doivent retirer ces enfants des mines et les envoyer à l’école ou les inscrire en cours de formation professionnelle ».

Dangers

Les jeunes employés courent en effet plusieurs dangers rappelle l’ONG. Ils peuvent notamment être intoxiqués par le mercure qui s’attaque au système nerveux central et peut être la cause de handicaps permanents pour ceux dont l’organisme est encore en croissance. Sans compter que la plupart des enfants qui s’engouffrent dans cette aventure délaissent leur scolarité, mettant en péril leur avenir. Des enseignants ont indiqué à Human Rights Watch « que le taux de fréquentation des écoles et les résultats scolaires baissaient lorsqu’une mine d’or s’ouvrait à proximité. En outre, de nombreux adolescents recherchent un emploi à plein temps, y compris dans le secteur minier, parce qu’ils ne peuvent pas accéder à l’école secondaire ou à une formation professionnelle ».

Un garçon de 15 ans, habitant dans le district de Geita, s’est confié à l’organisation de défense des droits de l’Homme sur l’impact négatif de la mine dans sa vie : « Il est difficile de concilier le travail à la mine et l’école. Je n’ai pas le temps d’aller aux séances de soutien scolaire qui se tiennent pendant le week-end. Je pense à la mine, cela me distrait. Un jour je suis tombé malade après être allé à la mine et j’ai manqué des classes. J’avais des douleurs partout ». Pourtant « sur le papier, la Tanzanie est dotée d’une législation solide qui interdit le travail des enfants dans les mines, mais le gouvernement a fait bien trop peu d’efforts pour la faire appliquer », déplore l’ONG. « Les inspecteurs du travail doivent visiter les mines régulièrement, qu’elles soient munies ou non d’une licence, et s’assurer que les employeurs soient sanctionnés s’ils font travailler des enfants ».

La mort à tout moment

Human Rights Watch a recceuilli de multiples autres témoignages où les enfants racontent les risques qu’ils encourent à chaque instant dans les mines. C’est le cas de ce jeune homme de 13 ans du district de Chunya qui a bien cru que sa dernière heure avait sonné : « J’étais en train de creuser avec mon collègue. Je me suis introduit dans une courte galerie. Alors que je forais, il m’a crié de sortir et au moment où j’allais sortir, le boyau s’est effondré sur moi, m’enterrant jusqu’à la poitrine … ils m’ont secouru en creusant le puits tout autour, puis m’ont envoyé à l’hôpital de Chunya ».

Même son de cloche pour ce jeune homme de 17 ans du district de Kahama : « Une fois, le puits s’est effondré. C’était l’année dernière, en septembre. J’ai cru que j’allais mourir, j’ai eu très peur. Je creusais vers le bas, puis horizontalement et le remblai a cédé. J’étais juste derrière le glissement de terrain, donc je n’ai pas été pris dedans. Deux de mes amis, des adultes, qui se trouvaient de l’autre côté, sont morts. J’ai eu une grosse peur. J’ai pleuré, j’étais désespéré ».

Sans compter les blessures graves qu’ils peuvent avoir à cause des outils qu’ils utilisent : « Je me suis blessé avec l’outil dont je me servais pour creuser. J’ai été envoyé à l’hôpital. Je me suis blessé à un orteil. Mon ongle a été complètement arraché. J’ai pris des médicaments. Pendant le forage, j’ai heurté une pierre et l’outil a dévié pour heurter mon pied. J’avais 12 ans quand l’accident s’est produit». Cette petite fille de 10 ans du district de Kahama n’avait que sept ans quand elle s’est blessée aux doigts, en donnant des coups de marteaux jusqu’à perdre un ongle.

Violences sexuelles

Dans le milieu du secteur minier, les violences sexuelles sont aussi récurrentes. Les jeunes filles y sont particulièrement exposées.
Cette jeune fille de 15 ans du district de Chunya a confié à Human Right Watch que de nombreux hommes l’ont approché pour qu’elle couche avec eux : « Je suis souvent approchée par des hommes… ils me montrent toujours de l’argent. Le travail sexuel est très courant. Il y a beaucoup de femmes qui viennent de la ville. J’avais une amie qui fait cela. La plupart de celles qui font cela travaillent au bar. Parfois, elles restent ici à la mine elles se sacrifient dans la forêt. Elles construisent une hutte et elles y restent ».

Cette adolescente de 16 ans qui vend de la nourriture sur un site minier dans le district de Kahama déplore les mauvaises conditions de vies. « La situation est mauvaise ici. Il n’y a ni latrines, ni eau pour se laver…. Je n’aime pas cet endroit. Les hommes veulent avoir des relations. Un type est venu au restaurant et m’a dit « je veux que tu sois ma petite amie et te faire rire, parce que je t’aime ». Plus tard quand j’ai refusé, il m’a dit que j’étais stupide. Il y a eu beaucoup d’autres cas comme cela. Certains viennent et vous paient à manger ou des boissons. J’aimerais aller à Mwanza, la capitale régionale et gagner de quoi payer les frais de scolarité pour retourner à l’école ».

En attendant, les autorités qui ont moult fois promis de prendre des mesures sur le travail des enfants laissent pourrir la situation, condamnant chaque jour un peu plus des milliers de vies.

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