Tabaski, la politique s’invite à la fête

Au Sénégal, les Imans et les chefs religieux profitent de la célébration de l’aïd pour « sermonner » les politiciens.

Lundi, les Sénégalais fêtaient la Tabaski, la grande fête musulmane de l’aïd-el-kébir. Mais, à quatre mois des prochaines élections présidentielles, la politique n’est pas restée bien loin.

Comme à son habitude, le président Abdoulaye Wade s’est rendu ce lundi à la mosquée mouride de Dakar pour célébrer la fête de la Tabaski. Après la prière matinale, il a assisté au rite du sacrifice du mouton devant l’imam puis s’est adressé à la presse. « Je salue tous les Sénégalais, a-t-il lancé en langue wolof, et leur demande de prier pour que la paix perdure dans ce pays et qu’on fête la Tabaski ensemble l’année prochaine. » À quelques kilomètres de là, le Premier ministre, Souleymane Ndéné Ndiaye, s’est voulu plus explicite. « Je souhaite que Dieu répande sa miséricorde sur tout le Sénégal pour que les élections vers lesquelles nous nous acheminons se passent dans la paix et la concorde », a-t-il déclaré à sa sortie de la Grande mosquée de Dakar, entouré de plusieurs ministres. Avant d’ajouter : « Je voudrais, en ce jour de célébration de l’aïd-el-kébir, (…) prier qu’Allah continue de protéger le Sénégal sous la direction du président Abdoulaye Wade ». La journée avait beau être fériée, les hommes politiques eux ne chôment pas…

« La présidentielle de 2012 préoccupe les religieux », analyse en une le journal Le Pays. Le climat délétère qui règne actuellement au Sénégal fait craindre des violences. C’est pourquoi ce lundi, à l’occasion de la fête de la Tabaski, les grands marabouts du pays ont adressé des messages de paix et averti les politiciens. Dans ses colonnes, Le Populaire explique que « les imams, dans leur sermon de la Tabaski, ont pris le parti de prévenir les acteurs du jeu démocratique sur les risques de leur emballement dans la perspective de l’élection présidentielle de février ».

« L’élection présidentielle est un moment où chacun cherche à avoir le maximum de suffrages de la part de ses concitoyens. J’invite chaque talibé (disciple), chaque citoyen, à accepter les résultats qui seront issus des urnes », a ainsi recommandé le khalife général des mourides, Serigne Cheikh Sidy Moctar Mbacké. Pour lui, « il s’agit de placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus des intérêts partisans ». Le porte-parole du Khalife général des tidianes, Serigne Abdoul Aziz Sy Al Amin, a lui appelé à « plus de retenue ». S’exprimant à l’issue de la prière, il a indiqué que son père, ancien khalife de la confrérie, expliquait à ses fidèles qu’ils avaient « deux valeurs, à savoir la carte d’électeur et la langue, à utiliser avec précaution en période électorale ».

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