« Sur un air de révolte » : quand le chant dope les luttes en Guadeloupe !

Dans le documentaire « Sur un air de révolte », qui sera diffusé au Festival « L’œil vers les mondes créoles », du 19 novembre au 3 décembre, le journaliste-écrivain Franck Salin revient sur la genèse et la tradition des chants de lutte en Guadeloupe, issus du Gwoka, nés durant l’esclavage. Sur l’île, les revendications sont toujours accompagnées d’hymnes puissants. Ce fut le cas en 2009, lors de la grève générale contre la vie chère, où la chanson du mouvement a galvanisé les foules.

L’année 2009 a été marquante pour la Guadeloupe. L’île croule sous la vie chère. Le climat social est pesant. Les plus démunis étouffent face au capitalisme sauvage. Une grogne qui débouche sur une grève générale de 44 jours. Durant ce mouvement d’une ampleur sans pareil, un chant, écrit par le renommé syndicaliste Jacky Richard, émerge et se répand. Le refrain : « La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo… (la Guadeloupe est à nous, la Guadeloupe n’est pas à eux ) » se transforme rapidement en un véritable hymne, qui fédère, galvanise les foules en colère, et fait le tour du monde.

« La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo…»

L’hymne marque les esprits. La place prépondérante qu’elle occupe au sein du mouvement interpelle le journaliste-écrivain, et réalisateur Frank Salin, alias Frankito, le poussant à réaliser le documentaire « Sur un air de révolte ». En interrogeant historiens, musiciens, chanteurs traditionnels, il retrace l’histoire de la musique et des chants de révolte, issus du Gwoka, nés durant la période de l’esclavage. Des chants qui ont toujours eu une place considérable dans les revendications politiques, sociales et culturelles des Guadeloupéens.

Franck Salin a eu l’idée de réaliser ce film lorsqu’il a entendu, en 2009, des manifestants à Paris, soutenant les grévistes de la Guadeloupe, scander en chœur le fameux refrain : « La Gwadloup sé tan nou, la Gwadloup sé pa ta yo…». « Je me suis demandé comment une telle chanson a pu se répandre à Paris. Et j’ai été surpris de voir que même des blancs la chantaient », explique Franck Salin.

C’est d’ailleurs le charismatique Jacky Richard, auteur de cette chanson, qui lui sert de fil conducteur dans le film. Le syndicaliste assure qu’il a écrit ces paroles de façon spontanée. « Je ne pensais pas que cette chanson allait avoir autant d’ampleur. J’ai vu des gens en transe lorsqu’ils la chantaient, raconte-t-il. Il y avait quelque chose qui se passait au fond d’eux, car ils évoquaient, à travers ce refrain, leur Guadeloupe à eux». Selon Jacky Richard, « à travers cette hymne, ce n’est pas seulement la vie chère qu’on dénonçait, c’est tout un système qui privilégie une minorité et écarte tous les autres ».

« Le chant propulse ceux qui luttent »

Le syndicaliste rappelle également que « la musique a toujours marqué les mouvements de lutte en Guadeloupe. D’ailleurs chaque mouvement a sa chanson. Elle donne de l’énergie à ceux qui revendiquent et les propulse, note-t-il. N’oublions pas que nous sommes des descendants d’esclaves. Ils chantaient tout en travaillant », faisant référence au Gwoka, dont la genèse est longuement abordée dans le documentaire.

Franck Salin a lui-même été bercé durant son enfance par cette musique traditionnelle, qui l’a inspiré pour la réalisation de son film. « Le Gwoka m’a beaucoup marqué. Lorsque j’étais enfant, mon père m’emmenait souvent voir des concerts de chanteurs de Gwoka », se rappelle-t-il. « Nos ancêtres chantaient pour amoindrir leurs souffrances quotidiennes. Cette tradition s’est perpétuée jusqu’à nos jours », explique Jacky Richard. D’après lui, « une chanson peut amplifier un mouvement si les paroles touchent le cœur des gens. Mais si elle n’est pas accompagnée d’un mouvement, elle n’a plus de sens. L’un ne vas pas sans l’autre. C’est vice-versa. Ce fut le cas durant la grève en 2009 ».

En tous cas, « le mouvement de 2009 ne peut pas déboucher sur rien. Il portera ses fruits un jour » estime pour sa part Franck Salin. Une chose est sûre. L’hymne qui l’a accompagné lui a donné de la poigne et a sans doute contribué à son aura.

Sur un air de révolte (Palaviré productions, Trace, 2013. 88 minutes) sera diffusé lors du Festival « L’œil sur les mondes créoles » dans le Val-de-Marne. Plus d’informations sur le site du Festival .