Superman ne sait pas nager


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Par Anna-Alix Koffi

Eux aussi, ils ont besoins des autres. Les arrogants gendarmes du monde sont en détresse. Des dizaines de milliers de personnes sans domicile, déplacées, affamées, implorant de l’aide face aux caméras du monde entier. Des cadavres à la dérive sur des eaux polluées et bientôt les inévitables épidémies. Il ne s’agit pas d’une mousson exceptionnelle, mais d’un cyclone, prévisible et annoncé. Il ne s’agit pas d’un pays émergeant aux infrastructures rudimentaires, mais des Etats-Unis d’Amérique, l’hyper puissance mondiale, de très loin, la première économie de la planète. Pas question ici de charger un peuple à terre. Katrina, ou comment un gouvernement donneur de leçons à tout va, défenseur autoproclamé de la sécurité du monde occidental, redescend au niveau des hommes et leur demande leur aide.

« On se moque d’un petit buisson, mais la liane pour vous attacher peut en sortir »

Les Etasuniens aiment faire cavaliers seuls. Les cow-boys de Washington ont, plus que tout autre gouvernement étatsunien, méprisé l’Organisation des Nations Unies. Ils ruinent fréquemment chaque vote à coup de veto. Ils déclarent la guerre à l’Irak en dupant la communauté internationale. Ils imposent John Bolton, conservateur du Far West, pour nettoyer une institution chaotique et prendre le scalp de son chef, Kofi Annan le récalcitrant. Mais ce dimanche, les hommes de George W. ont bel et bien demandé, l’aide de l’Onu. Qui aurait dit que les Etats-Unis devraient un jour demander du pétrole aux Suisses ? L’Afghanistan, jadis cible des Américains, leur offre 79 000 euros, le Sri Lanka 20 000. Les médecins cubains en Louisiane, ce n’est pas encore fait certes, mais Washington n’a pour autant pas balayé la proposition castriste d’un revers de main. Le Luxembourg, la Slovénie, l’Estonie… la Slovaquie ! Voilà le gouvernement du superbe George W. Bush prêt à accepter de l’aide de pays qu’il ne saurait même pas situer sur une carte. Le pays de W. Bush n’a toutefois pas de soucis à se faire, son « Téléthon » dopé par des courtisans avides de reconnaissance promet d’être lucratif.

Il faut quand même reconnaître un mérite à l’Amérique de George Bush. C’est qu’il a fallu un cyclone, un « act of God », la traduction anglaise de catastrophe naturelle, pour la submerger, ce n’est pas rien ! Avant Dieu, un Saoudien et sa bande avaient osé frapper le géant en plein coeur. La réaction avait alors été immédiate, George W. Bush, déjà Président texan droit dans ses santiags, avait alors pris le monde pour témoin, il s’était trouvé une mission providentielle : sa croisade contre le Mal. Si New York a vu débarquer le Président cow-boy dans les heures qui suivirent les attentats du World Trade Center, en Louisiane, la cavalerie a toutefois failli à la règle. Elle était bien en retard. 48 longues heures avant que W. Bush ne visite l’Etat sinistré… Pour sa défense, cette fois, il était en vacances, sans réélection en vue. Qui plus est, la Louisiane, ce n’est pas New York. Une bande d’assistés sociaux, Noirs pour la plupart, deux trois plantations et quelques clubs de jazz en moins ne changeront rien à la face du monde…

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