Stéphane Coloneaux aux côtés de Marie-George Buffet pour « construire une autre société »

Le Parti communiste français (PCF) répond dans son programme aux questions des discriminations, de mémoire, d’immigration et de développement. Stéphane Coloneaux, son porte-parole, originaire de la Guadeloupe, défend avec foi les positions de Marie-George Buffet, la candidate du parti aux élections présidentielles. Entretien.

Stéphane Coloneaux, 32 ans, licencié en communication publique et politique, est porte-parole du Parti communiste français (PCF). Né dans le Val-de-Marne (94), en banlieue parisienne, de mère bretonne et de père guadeloupéen, il est particulièrement sensible aux thèmes de la discrimination, de l’immigration et du développement de l’Afrique. Des questions auxquelles, Marie-George Buffet, la candidate de son parti à l’élection présidentielle française apporte des réponses : faire de la lutte contre les discriminations une grande cause nationale sur toute la durée d’une législature ; ajouter un volet ayant trait aux réparations à la loi Taubira ; régulariser tous les immigrés clandestins ; revenir sur les critères du FMI afin de permettre un réel développement de l’Afrique… Stéphane Coloneaux les a livrées à Afrik.com.

Afrik.com : Quelles solutions le PCF propose-t-il pour venir à bout du problème des discriminations ?

Stéphane Coloneaux :
Marie-George Buffet propose deux choses. Un, de parler des moyens financiers pour lutter contre les discriminations. Pour elle, il faut aussi mobiliser l’argent sur les questions sociales. Régler la question du logement, régler la question de l’emploi, et ce à tous les niveaux et pour tous les Français. Il faut taxer les revenus financiers, qui étaient de 100 milliards d’euros l’année dernière, augmenter le pouvoir d’achat pour l’ensemble des Français, et particulièrement pour ceux qui subissent les discriminations. Deuxièmement, il faut aller beaucoup plus loin maintenant dans la lutte contre les discriminations. Il faut passer du discours aux actes, notamment en faisant de cette lutte une grande cause nationale sur toute la durée d’une législature, c’est à dire pendant cinq ans, avec une évaluation tous les ans. Il faut mobiliser le Parlement et la France pour que chaque année on puisse prendre des mesures concrètes, évaluer les politiques, pendant cinq ans.

Afrik.com : Comment expliquez-vous qu’après tant d’années de discours républicain, le racisme et les discriminations soient aussi prégnants dans la société française ?

Stéphane Coloneaux :
Je pense que c’est d’abord parce que la gauche n’a pas eu le courage de reconnaître que la politique universaliste s’est transformée en politique de l’universalisme confusionnel. Elle n’a pas pris en compte la question des mémoires, la question des conséquences du colonialisme, de l’esclavage, à la hauteur de ce qu’elles devaient être. Et donc aujourd’hui, bien évidemment, nous sommes heureux qu’il y ait un jour pour la mémoire de l’esclavage, que l’esclavage et la traite négrière soient reconnus en tant que crimes contre l’humanité, mais il faut aller plus loin. Il faut pauser la question des réparations, y compris financières lorsqu’on regarde la soi-disant dette des pays africains, alors que l’Afrique ne doit absolument rien. Il faut regarder la question des réparations psychologiques, culturelles, et envisager un rattrapage de tout ce qui s’est passé.

Afrik.com : Qu’est-ce que Marie-George Buffet propose concrètement sur cette question des réparations ?

Stéphane Coloneaux :
Elle propose qu’on rajoute à loi Taubira un volet réparations. Et sur cette question des réparations, je crois qu’on a besoin d’un grand débat publique. On ne peut pas nous tous seuls décider de ce que devra être la réparation à l’esclavage.

Afrik.com : Abordons un autre sujet, très présent dans le campagne électorale. Quelle est la position de votre candidate sur la question de l’immigration ? La considère-t-elle, elle aussi, comme un problème à gérer ?

Stéphane Coloneaux :
Pour nous, il n’y a pas de problème avec la question de l’immigration. Tous les économistes disent qu’à partir de 2010, nous allons avoir besoin de l’immigration. Aujourd’hui, ce que tente de nous imposer Nicolas Sarkozy, c’est de sélectionner les immigrés. Il y aurait de bons immigrés et de mauvais immigrés. Moi, ça me rappelle, en tant que descendant d’esclave, un triste passé. Donc, il faut absolument combattre la sélection des immigrés. Il faut régulariser l’ensemble de tous ceux qui en font la demande. L’immigration est une chance, elle a toujours été une chance. Nous somme pour la diversité, pour le métissage, nous sommes pour favoriser la rencontre et le partage.

Afrik.com : La thématique de l’identité revient sans cesse au cours de la campagne. Nicolas Sarkozy, par exemple, a parlé d’établir un ministère de l’identité nationale. Vous posez-vous aussi cette question au PCF de l’identité française et de ses contours ?

Stéphane Coloneaux :
Que les politiques et les citoyens débattent de ce que c’est que d’être Français n’est pas anormal. Ce qui est grave, ce qui est très grave, c’est quand un politique propose un ministère de l’identité nationale. A partir du moment où l’Etat se mettra à définir ce qu’est l’identité nationale, nous tomberons dans un système totalitaire. Là, nous sommes devant un danger absolu. Il faut faire en sorte de battre Nicolas Sarkozy, il ne faut pas le laisser accéder à l’Elysée. D’autre part, je crois que sur la question de l’identité, il faut en finir avec « Nos ancêtres les Gaulois », il faut la prendre telle que la pensent Glissant ou Césaire. C’est à dire comme une identité multiple faite de résistance, de construction, de métissage, d’émigration, de partage. Etre Français, aujourd’hui, c’est toutes ces histoires-là. Nous avons, parmi les générations les plus jeunes, une vision du monde complètement différente. Prenons la diversité comme une chance. Faisons en sorte de penser la France non plus dans une vision d’ordre civilisationnel mais comme un monde avec sa diversité et ses chances.

Afrik.com : Et le rapport entre la France et l’Afrique, comment l’imaginez- vous, demain, dans votre parti ?

Stéphane Coloneaux :
D’abord, tous les accords entre la France et les pays Africains doivent être rendus publiques. Je crois qu’il ne doit plus y avoir un seul accord secret. C’est la première mesure que nous prendrions. La seconde serait de revenir sur les critères du FMI. Parce qu’on voit bien que ces critères qui sont avant tout axés sur des objectifs de rentabilité ont, au Mali par exemple, entraîné la libéralisation des transports, alors que c’est avec la santé et l’école l’une des premières choses à développer. On sent bien que ces pays ont besoin d’autres critères de développement qui ne sont pas ceux de la rentabilité financière.

Afrik.com : Une question plus personnelle maintenant, à vous, jeune d’origine guadeloupéenne qui milite aux côtés de Marie-George Buffet. Pourquoi ce sont cette candidate et ce parti que vous avez choisis ?

Stéphane Coloneaux :
Moi, je regarde le monde. Et quand je regarde le monde, je vois les politiques libérales. Quand je regarde les Etats-Unis, l’Angleterre, je me pose une question : dans quel pays les politiques libérales ont permis de réduire les inégalités sociales, raciales, de lutter contre les discriminations. J’ai regardé avec beaucoup de tristesse ce qui s’est passé à la Nouvelle Orléans, j’ai constaté que ce sont les Noirs qui en ont pris plein la tête. A Londres, les quartiers pauvres sont les quartiers d’immigration. Je ne crois pas en l’économie de marché, je ne crois pas au système libéral. Quand je me suis rapproché du Parti communiste, j’y ai rencontré des hommes et des femmes convaincus comme moi que l’économie de marché n’a pas grand chose à nous apporter si ce n’est de mettre en concurrence les pauvres entre eux. Pouvoir construire une autre société, c’est ce qui nous anime, et c’est pour ça que je me bats.