
Présenté à la Berlinale 2026, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun mêle récit initiatique, croyances animistes et paysages saisissants de l’Ennedi. Inspiré d’un fait réel, ce long métrage explore la violence sociale à travers une fable empreinte de douceur.
Né en 1961 à Abéché, au Tchad, Mahamat-Saleh Haroun est l’un des pionniers du cinéma tchadien. Contraint de fuir son pays à 17 ans lors de la guerre civile, grièvement blessé, il rejoint la France, où il étudie au Conservatoire libre du cinéma français avant de se former au journalisme à l’IUT de Bordeaux. De cette double culture, tchadienne et française, à la croisée du cinéma et du journalisme,est né l’un des regards les plus singuliers du cinéma africain contemporain.
Avec Bye Bye Africa (1999), son premier long métrage, il remporte le Prix du meilleur premier film à la Mostra de Venise. En 2010, Un homme qui crie décroche le Prix du Jury à Cannes, faisant de lui le premier cinéaste tchadien primé au festival. Il revient en compétition en 2021 avec Lingui, les liens sacrés.
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Un voyage initiatique au cœur du Tchad
Le film suit Kellou, une adolescente interprétée par Maïmouna Miawama, en proie à des visions qu’elle ne comprend pas. Rejetée par son entourage, traitée de « fille de sang », elle porte le poids d’un passé marqué par la mort de sa mère en couches. Sa rencontre avec Aya, une femme marginalisée et assimilée à une sorcière, l’initie à des rites animistes mêlant forces naturelles et mémoire des ancêtres.

Comme souvent chez Haroun, les acteurs sont non-professionnels. Maïmouna Miawama a été repérée par un assistant du réalisateur, immédiatement frappé par sa présence “flottante, presque aérienne”. Sa méthode c’est peu de répétitions, des échanges autour de films, et une grande liberté laissée aux comédiens.
L’Ennedi, personnage à part entière
Le tournage s’est déroulé dans le massif de l’Ennedi, au nord-est du Tchad, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Ses paysages de grès sculptés deviennent un véritable personnage du film. Pour certaines scènes nocturnes, Haroun a choisi de tourner uniquement à la lumière de la pleine lune, sans éclairage artificiel, grâce à une caméra particulièrement sensible.
Le scénario est coécrit avec Laurent Gaudé, prix Goncourt 2004, et la musique signée par le musicien centrafricain Bibi Tanga.
La douceur comme acte de résistance
En mettant en scène des femmes marginalisées, le cinéaste s’inspire de figures réelles : des femmes indépendantes dont l’existence même défie l’ordre social. Il revendique une approche douce, presque poétique, comme réponse à la violence.
« J’ai voulu que ce film soit d’une grande douceur, et que cette douceur soit une réponse à la violence. Qu’elle oppose de la poésie et de la beauté à la brutalité. »
Présenté en compétition officielle à la Berlinale 2026, le film a reçu le prix FIPRESCI. Il est sorti en salles françaises le 22 avril 2026, distribué par KMBO.
- Soumsoum, la nuit des astres KMBO
- Réalisation : Mahamat-Saleh Haroun
- Scénario : Mahamat-Saleh Haroun et Laurent Gaudé
- Production : Pili Films, Goï-Goï Productions
- Distribution : KMBO
- Ventes internationales : Films Boutique
- Sortie le 22 avril 2026



