Soudan : Omar el-Béchir promet une séparation à l’amiable avec le Sud

Le président Omar et-Béchir a assuré mardi qu’il reconnaitra la sécession du sud du Soudan si ce choix l’emportait au référendum prévu en janvier 2011. Mais, à court terme du moins, le pétrole sud-soudanais continuera à transiter au Nord pour être exporté.

Une séparation à l’amiable ? Le président soudanais Omar el-Béchir a affirmé mardi qu’il respectera la sécession du sud du pays si les Sud-soudanais optaient pour l’indépendance lors du référendum clé prévu en janvier 2011. «Le Parti du Congrès national (NCP du président Béchir) est en faveur de l’unité du Soudan, mais si le résultat du référendum est la séparation alors nous, au NCP, serons les premiers à prendre acte de cette décision et à la soutenir. Nous serons de bons voisins », a promis le président soudanais. Omar El-Béchir prononçait un discours marquant le 5ème anniversaire de la fin de la guerre civile entre le Nord et le Sud, devant un parterre de personnalités politiques soudanaises, de diplomates et de spectateurs, dans le stade Yambio, la capitale de l’Etat sudiste d’Equateur Occidental.

« Le discours de Omar El-Béchir sur la sécession du Sud-Soudan invite à la prudence, nous sommes dans un contexte pré-électoral et El-Béchir tient à se faire réélire », analyse un chercheur en relation internationales, sous couvert de l’anonymat. « Le président soudanais est en train d’envoyer des signaux pour dire qu’il a changé de comportement. Contrairement à ce qu’il a pu faire par le passé, il montre qu’il est extrêmement désireux de se faire réélire dans la régularité », estime ce spécialiste de la Corne d’Afrique.
L’accord de paix global (CPA) de 2005, signé par le gouvernement central de Khartoum et l’Armée populaire de libération du Soudan (SPLA, ex-rebelles sudistes), prévoit l’organisation d’élections (présidentielles, législatives et régionales) en avril prochain, suivies en janvier 2011 du référendum portant sur la sécession du Sud-Soudan, une région enclavée qui renferme d’importantes réserves pétrolières.

Le pétrole sud-soudanais continuera à être acheminé vers le Nord

Estimées à près de six milliards de barils (cinquième rang en Afrique), les réserves pétrolières du Soudan sont le grand enjeu du référendum de 2011. Des différends persistent à ce sujet entre le parti de M. Béchir et le SPLM. La plus grande partie de l’exploitation pétrolière se trouve en effet dans des régions à la lisière du Nord et du Sud et au Sud-Soudan. Le pétrole y est extrait et transite par un oléoduc au Nord pour rejoindre le Port-Soudan d’où il est exporté. Près de 60% des revenus de Khartoum et 98% de ceux du gouvernement semi-autonome du Sud-Soudan viennent des royalties sur le pétrole.

Le président du Sud-Soudan, Salva Kiir, qui avait pourtant publiquement déclaré son soutien à l’indépendance l’automne dernier, a assuré toutefois mardi, lors d’un discours précédent celui de Omar El-Béchir à Yambio, que « la production pétrolière dans le sud du Soudan continuera à circuler du Sud au Nord pour le raffinage et l’exportation .»

L’hypothèse de l’ouverture d’un autre passage pour acheminer le pétrole sud-soudanais reste invraisemblable à court terme, s’accordent à dire plusieurs experts. Cela pourrait s’avérer très coûteux et nécessiterait beaucoup de temps. Le pétrole sud-soudanais devrait continuer encore à être exporté via le nord du Soudan, même si l’option de l’indépendance l’emporte.

« Le discours de Omar El-Béchir ne dit en tout cas rien sur les futures relations économiques entre les deux Etats, si la sécession du Sud venait à se réaliser, selon le chercheur cité plus haut. C’est une situation en devenir. Tout type d’accord économique entre les deux parties n’a pu ou ne peut se faire qu’en coulisses. Nous sommes dans l’expectative. »