Soudan : le peuple compte ses morts, l’Etat musèle la presse

Le calme semble de retour au Soudan, après quatre jours de manifestations liées à la hausse du prix du carburant. Certaines organisations non gouvernementales dénoncent le recours à la force contre des manifestants, tandis que les autorités soudanaises ont saisi ou empêché de paraître ce vendredi trois journaux.

Après quatre jours de manifestations, la situation au Soudan est redevenue calme. Les forces anti-émeutes se sont déployées au niveau des principaux carrefours, mais la plupart des magasins ont préféré garder leurs rideaux baissés. Les écoles sont restées fermées par décision du gouvernement et les stations-service n’ont pas ouvert. Ces manifestations provoquées par la levée des subventions sur les carburants ont été, violentes avec des biens publics et privés saccagés ou incendiés. Au mois 29 personnes ont péri dans ces manifestations. Certaines organisations non-gouvernementales ont accusé les forces de l’ordre d’avoir eu recours à la force.

Recours à la violence dénoncée par les ONG

Les ONG ont accusé ce vendredi les forces de sécurité du Soudan d’avoir tiré de manière délibérée sur les manifestants protestant contre des mesures d’austérité. Selon des sources hospitalières et la police, 29 personnes ont été tuées durant les manifestations à travers le pays. La plupart sont des civils abattus par les forces de l’ordre, ont précisé des témoins. Des informations font état de l’arrestation de centaines de manifestants par les services renseignements. Des ONG dénoncent : « Tirer pour tuer en visant notamment la tête et la poitrine est une violation flagrante du droit à la vie, et le Soudan doit immédiatement cesser cette violente répression par ses forces de sécurité », a dénoncé Lucy Freeman, directrice-adjointe pour l’Afrique à Amnesty International.

Des journaux saisis par les autorités

Les autorités soudanaises ont saisi ou empêché de paraître, ce vendredi, trois journaux, pourtant pro-gouvernementaux, pour maintenir le black-out sur les violentes manifestations qui secouent le pays, ont indiqué des journalistes. Les éditions des quotidiens Al-Soudani, Al-Majhar et Al-Siassi ont été saisies à l’imprimerie, selon des journalistes travaillant dans ces quotidiens. Quant à Al-Watan, il a été informé par les autorités qu’il ne pouvait pas paraître, après avoir couvert dans son édition de jeudi les manifestations qui ont fait une trentaine de morts depuis lundi, selon des sources hospitalières. Selon le rédacteur en chef du journal indépendant Al Jarida , les autorités ont interdit aux journaux de publier d’autres informations sur les manifestations que les rapports de la police.

De nouvelles manifestations étaient prévues ce vendredi après la prière. Des militants ont demandé, via les réseaux sociaux, au « peuple soudanais de poursuivre sa révolution » jusqu’à « la démission du chef de l’État ».