Soudan : la bataille diplomatique d’Omar el-Béchir

Omar el Béchir, le président soudanais, a envoyé à Paris deux de ses proches conseillers pour une rencontre diplomatique, mardi et mercredi, avec la France et la Grande-Bretagne. La réunion aurait largement porté sur le conflit Darfour, la question humanitaire dans cette province en proie à la guerre civile, et sur le mandat d’arrêt contre le président soudanais. La délégation soudanaise, qui a tenu une conférence de presse ce jeudi, à Paris, affirme, elle, qu’il s’agissait plutôt de normaliser les relations avec l’occident.

Omar el Béchir ne cesse de narguer la justice internationale depuis l’émission, le 4 mars, d’un mandat d’arrêt pour crimes de guerre et crime contre l’humanité à son encontre. Il a effectué, mardi, un voyage en Ethiopie, son sixième à l’étranger en moins de deux mois. « Pour nous, le mandat d’arrêt de la CPI a été positif », a même déclaré le président soudanais lors de cette visite à Addis-Abeba.

Derrière cette façade provocatrice, le président soudanais mène une bataille diplomatique en vue de faire suspendre le mandat d’arrêt dont il fait l’objet. Alors qu’il était, mardi, en Ethiopie, deux de ses proches collaborateurs se sont rendus à Paris où ils ont rencontré le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner et le secrétaire d’Etat britannique aux Affaires étrangères, Mark Malloch-Brown. La France et la Grande-Bretagne sont toutes les deux membres permanents du conseil de sécurité des Nations unies. Et seule cette instance peut ordonner la suspension du mandat d’arrêt qui vise le président soudanais.

« La CPI, un outil occidental pour recoloniser l’Afrique »

«Notre visite vise à normaliser les relations », a tenu à assurer Nafie Ali Nafie, chef de la délégation soudanaise, lors d’une conférence de presse à Paris, ce jeudi. La rencontre a eu « d’excellents résultats et a permis de dissiper un certain nombre de malentendus », a-t-il ajouté, en insistant sur le fait que la rencontre parisienne avait pour principal objectif de renforcer les relations bilatérales. « Si nous n’avons pas des relations bilatérales de coopération et d’amitié, a indiqué M. Nafie, cela aura une incidence sur la question du Darfour et de l’accord de paix avec le Sud ». L’adjoint d’Omar el Béchir cherchait, visiblement, à reléguer au second plan la question du Darfour, de l’aide humanitaire dans cette province en proie à la guerre civile et du mandat d’arrêt international dont fait l’objet le président soudanais.

« Nous n’acceptons pas de chantage. La CPI est un mécanisme politique occidental visant à recoloniser l’Afrique », a lancé Nafie Ali Nafie au sujet du mandat d’arrêt émis par la justice internationale. « La Cour pénale internationale, en émettant son mandat pensait que le gouvernement soudanais allait s’effondrer. Elle a échoué car le gouvernement soudanais en est sorti plus fort que jamais.» D’après lui, l’Occident devrait revoir un certain nombre de choses par rapport à la CPI.

« Beaucoup d’efforts » pour trouver une solution au conflit du Darfour

Le discours est différent du côté français. De source diplomatique à l’Elysée, rapporte RFI, il a été largement question, lors de cette rencontre tripartite, du conflit au Darfour, de l’aide humanitaire et du mandat d’arrêt contre Omar el Béchir. Le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères avait également indiqué que la rencontre tripartite de Paris entre le Soudan, la France et la Grande-Bretagne, avait été organisée à la demande de Khartoum.

« Tout le monde veut régler le problème du Darfour, nous sommes d’accord pour trouver une solution rapide », a affirmé, jeudi, au Centre d’accueil de la presse étrangère (Cape), à Paris, le chef de la délégation soudanaise. Il a indiqué que la rencontre de Paris va conduire une coopération complète pour la mise en œuvre de l’accord de paix conclu avec les différents groupes armés en 2005. M. Nafie a aussi déclaré que le gouvernement soudanais déployait « beaucoup d’efforts » pour une reprise des négociations avec les groupes armés. « Un certains nombre de pays (Etats-Unis, Grande-Bretagne…) ont une grande influence sur ces groupes armés. Nous leur demandons de pousser ces groupes vers la table de négociation », a-t-il déclaré.

« La porte est ouverte à d’autres ONG »

Au sujet de l’expulsion d’une dizaine d’Ong internationales du Darfour, au lendemain de la décision de la Cour pénale internationale, le responsable soudanais a indiqué que leur départ n’a pas eu de conséquences négatives. « Nous ne permettrons pas le retour des ONG expulsées, car elles œuvraient contre l’unité et la sécurité du Soudan », a-t-il déclaré. Le Soudan se dit toutefois prêt à accueillir, avec la coopération de la France et de la Grande-Bretagne, d’autres ONG, si cela est nécessaire.