Soudan du Sud : le Président Salva Kiir, seul maître à bord

Le président de la République du Sud-Soudan gouverne depuis ce mardi, seul. En effet, il a suspendu tout son gouvernement afin de procéder au plus important remaniement depuis la création du pays, il y a deux ans. Que cache ce remaniement ?

Le Président sud-soudanais, Salva Kiir, a pris une des plus importantes décisions du pays depuis sa création. Il a, ce mardi, suspendu tout son gouvernement jusqu’au Vice-président, pour procéder au plus important remaniement de l’exécutif du pays. L’annonce a été faite par le ministre sortant de l’Information, Barnaba Marial Benjamin. Pour quelles raisons, le Président s’est-il séparé de tous les membres de son gouvernement ?

Vers la fin de l’unité au sein du parti au pouvoir?

En démettant de leurs fonctions, tous les membres du gouvernement, le Président Salva Kiir a fait preuve d’autorité. En vue de l’élection présidentielle prévue en 2015, il a écarté ses rivaux du Mouvement populaire de Libération du Soudan (SPLM) en leur ôtant toute fonction officielle. De plus, depuis plusieurs mois, les relations entre Salva Kiir et son Vice-président, Riek Machar, ne sont pas au beau fixe. Le chef de l’exécutif n’entretient pas non plus de bonnes relations avec le Secrétaire général du SPLM. La bonne entente qui régnait lors de l’indépendance du pays n’est plus d’actualité, les divisions au sein du parti au pouvoir quant à elle se font de plus en plus ressentir. De ce fait, parmi les responsables suspendus figurent le Vice-président Riek Machar ainsi que Pagan Amum, Secrétaire général du parti au pouvoir, le Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM). Les ministres du gouvernement qui ont été démis de leurs fonctions, ont été pour la plupart des figures importantes du SPLM, lors de la guerre civile de 1983 à 2005, contre le gouvernement de Khartoum qui a débouché en 2011 sur un référendum d’auto-détermination et à l’indépendance du Soudan du Sud.

Le mois dernier, le Président Salva Kiir avait suspendu deux de ses principaux ministres soupçonnés d’être impliqués dans un vaste scandale de corruption. Il avait aussi demandé en avril que les pouvoirs du Vice-président soient réduits et des dizaines de généraux ont également été démis au cours de l’année écoulée. En juin 2012, le Président du Soudan du Sud avait dénoncé les « responsables corrompus » de son pays, liés au pouvoir et soupçonnés d’avoir détourné près de quatre milliards de dollars.

Inquiétude dans le pays

A la suite de l’annonce, aucun trouble n’était signalé dans la capitale, Juba. Néanmoins, les forces de sécurité, de peur d’éventuels débordements, étaient placées en état d’alerte, positionnées autour de la présidence et des ministères. Les habitants demeurent préoccupés face à la situation, craignant des troubles éventuels dans la rue. Ainsi Richard Jok, un étudiant, estime que « les gens doivent rester chez eux. Si des gens sont en ville, ils doivent regagner rapidement leur domicile, pour éviter tout trouble éventuel ». Les États-Unis s’inquiètent également de ce vaste remaniement ministériel et commencent à avoir un regard moins bienveillant sur le dernier-né des États africains.

Pour l’heure, la composition du nouveau gouvernement n’a pas été annoncée, certains ministres sont susceptibles de rester à leur poste. Qui le Président va-t-il finalement garder au sein du gouvernement?