Sommet de Genève : le nouveau bras de fer Nord-Sud

La première Conférence mondiale sur la société de l’information a ouvert ses portes ce mercredi à Genève. Un rendez-vous capital pour l’Afrique, et en particulier pour le Sénégal, qui y défendra le concept de Fonds de solidarité numérique. Les pays du Nord restent sceptiques et pourraient faire trébucher l’initiative.

L’heure de vérité a sonné pour le Fonds de solidarité numérique (FSN) défendu par le président sénégalais, Abdoulaye Wade. Ce qui pour beaucoup représente une solide chance pour le Sud de rattraper son retard en matière de nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) sera l’un des points d’orgue de la première Conférence mondiale sur la société de l’information qui a ouvert ses portes ce mercredi à Genève (10-12 décembre). Face à une Europe sceptique, le dossier fait figure de nouveau test pour le dialogue Nord/Sud, échaudé par l’échec de Cancun.

Réduire la facture numérique entre les pays pauvres et les pays riches à l’aide d’un fonds dédié pour développer les infrastructures, les équipements, la formation et le développement : tout le monde semble d’accord sur le principe. Mais que ce soient les pays nantis qui payent une fois de plus pour les plus démunis dans un énième fonds spécial, non. Si le Japon s’est finalement rangé du côté de l’Afrique, l’Europe en revanche reste opposée à un tel projet. Elle considère que les sommes déjà allouées pour cela sont amplement suffisantes et qu’il suffit juste de les réorienter. En clair, elle a peur que l’argent ne soit détourné de ses objectifs.

Un euro sur chaque ordinateur vendu

L’idée singulière élaborée par le chef de l’Etat sénégalais consiste à créer un nouveau fonds doté d’un nouveau système de financement basé sur une contribution volontaire des consommateurs et des sociétés du Nord. Un acheteur d’ordinateur en France aurait, par exemple, la possibilité de verser un euro supplémentaire sur l’achat de son PC à titre de participation au FSN. Les sommes récoltées seraient gérées par une base tripartite indépendante, composée de représentants de la société civile, du secteur privé et du secteur public.

« Tous les pays dont le taux d’utilisation d’Internet est supérieur à un certain chiffre, devraient mener telle ou telle action quantifiée en direction des pays dont les taux sont inférieurs à un chiffre donné, explique Abdoulaye Wade.  » Il s’agit d’un serpent numérique dévié par une marge supérieure et une marge inférieure. L’effort commun consisterait à faire en sorte que tous les pays soient à l’intérieur du serpent. Le serpent serait évolutif et les marges appelées à se rétrécir ».

La victoire ou l’échec

L’Inde, la Chine et le Brésil sont notamment favorables au FSN. Pour le Sénégal, l’issue de la conférence de Genève sera sans appel. Soit le projet est adopté dans son intégralité, soit il est rejeté. « Nous n’hésiterons pas à nous quitter sur un constat d’échec si un accord n’est pas survenu concernant le financement de la charte de solidarité numérique », explique intraitable Mamadou Diop « Decroix », le ministre sénégalais de l’Information et des nouvelles technologies.

Mais qu’importe. Car même en cas de non des pays du Nord, le FNS se fera sans eux. Le président sénégalais a appelé les pays africains à créer leur propre fonds le cas échéant. Toujours sur une base de volontariat. Après l’échec du sommet de l’Organisation mondiale du commerce en septembre dernier, un nouveau refus des propositions africaines risque de marquer un peu plus le fossé entre le Nord et le Sud qui ne parlent décidément pas le même langage.