Somalie : un avion bourré de faux shillings fait plonger la monnaie nationale

Trente milliards de shillings somaliens ont été illégalement importés dans les soutes d’un Boeing 707. Résultat, la devise nationale a chuté de 25% en 48 heures. Un phénomène loin d’être exceptionnel dans ce pays plongé dans l’anarchie depuis dix ans. Et que le nouveau gouvernement provisoire peine à prendre en main.

En Somalie, un avion qui atterrit, c’est la devise nationale qui plonge. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un Boeing 707 affrété par des hommes d’affaires somaliens a débarqué quelques 30 milliards de shillings somaliens fraîchement imprimés en Indonésie. Puis les fonds ont été transportés de l’aéroport de Balidogle, sous contrôle du gouvernement provisoire, par des hommes en armes, jusqu’à Mogadiscio où ils ont été immédiatement injectés dans les circuits financiers.

Magasins fermés

Résultat : le shilling somalien a perdu instantanément 25% de sa valeur par rapport au dollar. Alors que la devise américaine valait, mercredi, 11 000 shillings, il en fallait désormais 14000 pour se procurer le précieux dollar.

Selon des sources citées par l’Agence France Presse (AFP), la plupart des magasins situés dans les quartiers nord et sud de Mogadiscio ont fermé boutique afin d’attendre les effets de cette introduction massive de faux billets dans l’économie nationale.

Le shilling s’est également retrouvé dévalué par rapport aux monnaies des pays voisins, comme le Shilling kenyan, le Birr éthiopien ou le Franc djiboutien.

Discrédit du gouvernement

Les importations anarchiques de faux billets constituent une plaie pour les finances somaliennes. Ce n’est pas la première fois que l’économie du pays doit subir les foudres de ce genre d’initiatives, tant elles sont pratiquées régulièrement par chacun des chefs de clan qui disputent leur légitimité au gouvernement provisoire.

En octobre 2000, celui-ci, qui ne contrôle qu’une partie de la capitale, avait tenté d’interdire aux hommes d’affaires d’imprimer des shillings. En pure perte apparemment. Cette nouvelle importation illégale dans un aéroport sous contrôle gouvernemental tend à discréditer cette mesure. Voire à rallumer la violence en faisant augmenter les prix des denrées de première nécessité.

Depuis la fin du dictateur Siad Barre, la valeur du shilling somalien a perdu près de quatorze fois sa valeur par rapport au billet vert.