Somalie : Menaces d’embrasement dans la corne de l’Afrique

Accusé jeudi par les islamistes somaliens d’avoir bombardé la ville de Bedelweyne, le gouvernement éthiopien a exprimé un ferme démenti. Mais le jeu des alliances risque d’entraîner toute la corne de l’Afrique dans la guerre. Un envoyé spécial de l’ONU tente sur place de renouer le dialogue.

Le gouvernement somalien de transition, dirigé par Ali Mohamed Dedi, est de plus en plus affaibli. Depuis juin 2006, les islamistes ne cessent d’étendre leur influence dans le pays, en guerre civile depuis 15 ans. Ils contrôlent environ un tiers de ses 18 régions, notamment celles de Banadir qui englobe la capitale Mogadiscio. Incapables de maintenir l’ordre, les institutions politiques sont soutenues par le régime éthiopien dont l’éventuelle ingérence risque d’embraser toute la corne de l’Afrique.

L’Ethiopie accusée d’ingérence

Ce jeudi, le président du Conseil suprême islamique de Somalie (SICS), Cheikh Sharif Cheikh Ahmed a affirmé à Mogadiscio que, la veille, des troupes éthiopiennes ont bombardé Beledweyne situé à trente kilomètres de la frontière éthiopienne et à 300 kilomètres de la capitale somalienne. Il a ajouté que l’attaque avait fait des victimes, mais sans préciser leur nombre ni s’il y avait des morts. Le gouvernement éthiopien a catégoriquement démenti ces allégations. Solomon Abebe, le porte-parole du ministère éthiopien des affaires étrangères, a expliqué qu’ « il s’agit de la propagande qu’ils [les islamistes] utilisent toujours ».

Le 3 octobre dernier, les dirigeants du SICS avaient déjà déclaré que l’Ethiopie était leur « ennemi numéro un » parce qu’ils soupçonnaient ses dirigeants d’avoir aidé le gouvernement de transition à conclure un accord avec l’Alliance de la vallée de Juba (JVA). Cette milice a pour objectif de reprendre Kismayo, la troisième ville du pays, un verrou stratégique situé à 200 kilomètres de la frontière kenyane, que les islamistes avaient conquis le 24 septembre dernier.

L’ingérence de l’Ethiopie, supposée ou réelle, avait déjà été pointée du doigt par L’Etat érythréen. Favorable aux islamistes somaliens, insatisfaits de ses frontières avec l’Ethiopie, il accuse Addis-Abeba d’avoir déployé des militaires dans la zone de Baïdoa pour défendre le gouvernement somalien de transition. Les autorités éthiopiennes récusent formellement l’affirmation, mais reconnaissent par ailleurs avoir fourni des instructeurs militaires au gouvernement somalien. Ce dernier, de son côté, accuse la Ligue arabe de soutenir les islamistes.

Un envoyé spécial dépêché par l’ONU

Pour régler la crise, les Ethiopiens réclament le déploiement d’une force africaine, l’Igad : l’autorité intergouvernementale de développement, qui regroupe 9 pays de la zone (Ethiopie, Kenya, Soudan, Djibouti, Erythrée et Ouganda). Mais les islamistes menacent de déclencher une guerre sainte si cette solution est appliquée. Les Nations unies veulent éviter que le conflit somalien n’embrase toute la corne de l’Afrique. Cette semaine, leur représentant spécial, François Fall, en tournée officielle dans la région, essaiera de faire renouer le dialogue entre les parties opposées et de faire accepter le déploiement d’une force internationale en Somalie. Après l’Ethiopie et l’Eryhtrée, il se rendra à Djibouti, au Yémen, au Soudan, en Ouganda et en Egypte. Ces déplacements l’aideront à préparer la prochaine réunion du Conseil de sécurité consacrée à la Somalie. Elle doit se tenir début novembre.