Situation économique au Mali : la population paye les pots cassés


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Sous le pont de Bamako
Sous le pont de Bamako @Sébastien Cailleux

Le niveau de vie des Maliens, classés 22e en Afrique en termes de PIB par habitant, ne cesse de s’effondrer. Si le Conseil national de transition (CNT) a tué dans l’œuf plusieurs mouvements de grève en novembre-décembre, la situation est pourtant de plus en plus précaire pour les petites gens. 

« Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » disait l’ancien président français Jacques Chirac. Cet adage de ce vieil ami de l’Afrique pourrait être affiché partout sur les Unes de journaux à Bamako ! Car le Conseil national de la transition (CNT) d’Assimi Goïta n’est pas avare de promesses. Sur le plan socio-économique, il vient de mettre un terme à plusieurs mouvements de grève en promettant « d’écouter les préoccupations ». Tour à tour, les syndicats de magistrats, les agents des impôts, les médecins du CHU de Bamako et, derniers en date, les syndicalistes de l’Éducation nationale, ont lancé des grèves de quelques jours. Nombreuses sont les corporations touchées par la défiance. À l’image de ces élites qui se sentent abandonnées, la population est de plus en plus désemparée face à la situation économique du pays et ne voit pas les promesses se traduire en réalités.

Le riz se vend à prix d’or pour la saison

Aujourd’hui, les Maliens de la rue n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. En cause, l’arrêt des subventions de l’État pour maintenir les denrées de base à des prix décents, comme le riz, l’huile et le sucre. Selon Sahel Tribune, la direction générale du Commerce et de la Consommation (DGCC) vient d’annoncer début décembre le retour du sucre dans la liste des produits subventionnés, mais c’est une bien maigre consolation pour la population. Car l’inflation continue de galoper, malgré la levée des sanctions, en juillet dernier, par la CEDEAO et l’UEMOA.

À l’époque, le site Afriquele360.ma détaillait la courbe des prix : « Le kilo de sucre est passé de 600 à 800 FCFA, et même souvent à 850 FCFA, selon les détaillants. Le prix du demi-litre d’huile a plus que doublé, passant de 300 à 700 FCFA. Le sac de riz de 50kg, qui coûtait 17.500 FCFA, est désormais vendu dans le commerce de détail à 22.500 FCFA, voire 23.500 FCFA ». Et rien ne s’est amélioré depuis.

Flambée du prix des matières premières

« Tout est cher, on ne peut plus rien acheter, déplore Djeneba Dicko, une habitante de Socoura citée par Maliweb.net. Les frais de condiment ne suffisent plus à cause de la flambée du prix des produits de première nécessité. Le kilo du riz qui était à 375 FCFA frôle actuellement 450 FCFA. Le litre de l’huile alimentaire qui était à 800 FCFA est actuellement à 1 200 FCFA. Que dire des épices et des arômes ? Tout a augmenté. En plus, le prix du litre de lait et celui du kilo de sucre, qui étaient tous de 500 FCFA, ont augmenté. C’est nous les pauvres qui payons le prix de cette cherté de la vie ».

Depuis l’été, la politique du CNT n’a pas fait retomber la tension sur la cherté de la vie. Le 5 décembre dernier, sur le marché de gros de Bagadadji à Niarela, le sac de 50kg de riz se vendait entre 23.000 et 24.000 FCFA alors que, les années précédentes, cette période de l’année était toujours propice à une baisse significative des prix. En cause, selon un reportage de Maliweb : la faible récolte de cette année et les stocks encore disponibles à cause des prix trop élevés, sans oublier la recrudescence de l’insécurité. « Certains producteurs qui obtenaient 70 à 80 sacs par hectare n’ont récolté que 15 à 30 sacs », déplore Ousmane Sinkoro, un grossiste en riz.

L’essence, l’autre source d’inquiétude

Depuis l’été, les discours rassurants des hommes forts du CNT n’ont donc pas eu d’impact sur les prix en gros et encore moins au détail. Et cela ne touche pas que les denrées alimentaires, mais aussi les carburants dont toute l’économie du pays a besoin pour fonctionner. « Rien ne justifie une telle augmentation du prix du carburant à la pompe au Mali, note le journaliste Abdrahamane Sissoko sur Maliweb.net. Puisque le baril du pétrole sur le marché mondial est vendu à moins de 100 dollars. Un prix en dessous des 147 dollars le baril à l’été 2008, le pic le plus élevé jamais enregistré jusqu’ici ».

« Pourtant, le prix du carburant à la pompe au Mali n’a jamais atteint les 891 FCFA pour le litre d’essence et 889 FCFA pour le litre du gasoil. À titre de comparaison, le litre d’essence et du gasoil est cédé respectivement à 750 FCFA et 675 FCFA au Burkina Faso. Le pays des hommes intègres présente les mêmes caractéristiques que le Mali ». Dans le sillage de ces carburants trop chers, les coûts de transport des marchandises – alimentaires et autres – s’envolent. Tout est lié.

Comment expliquer la situation du Mali ?

Par les taxes toujours plus nombreuses ponctionnées par l’État sur les produits pétroliers. Dans un pays enclavé comme le Mali, le coût du carburant dans le fonctionnement de l’économie est un facteur aggravant des crises et il ne semble pas que le pouvoir à Bamako veuille vraiment se pencher sur la question. Au contraire.

L’arrêt de l’aide alimentaire et sanitaire, autre facteur aggravant

À tous ces facteurs locaux auxquels le CNT ne parvient pas à trouver de solutions vient se rajouter un autre problème : l’annonce par les hommes forts à Bamako, le 21 novembre dernier, de stopper le travail des ONG ayant un financement français, travaillant principalement dans le domaine humanitaire (sécurité alimentaire, santé et eau potable surtout). Si le combat pour la souveraineté de nos frères maliens mérite d’être mené, cette stratégie irréfléchie ne va faire que fragiliser le niveau de vie des plus pauvres. Rendez-vous compte : cette année, 7,5 millions d’entre eux ont eu besoin de l’aide humanitaire étrangère – française ou autre – sur 20,8 millions d’habitants. Comment les institutions vont-elles pouvoir expliquer que les programmes de coopération dans l’agriculture vivrière ou ceux pour l’assainissement de l’eau dans les régions déshéritées vont s’arrêter du jour au lendemain ? Cela s’appelle tout simplement « se tirer une balle dans le pied » !

Des ONG qui palliant l’absence des services de l’Etat

Certains diront même que cette décision est criminelle, car elle ne touche pas que l’accès à la nourriture et à l’eau, mais aussi l’accès aux soins, bien trop onéreux pour une grande partie de la population générale. Prenez l’exemple du traitement contre le diabète : selon le site d’informations Malijet.co, l’ONG française Santé Diabète avait mis en place un service de médecine et d’endocrinologie à l’hôpital de Bamako, formé 29 endocrinologues et 42 diabétologues, et installé 36 centres de consultation dans toutes les régions du pays. Était-ce du néocolonialisme déguisé ? Probablement pas. Il s’agissait surtout de pallier l’absence des services de l’État. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, donc. Quelles promesses va bien pouvoir faire le CNT maintenant ?

Par Michel Tchegnon

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