Sia Tolno, la voix des opprimés

Etoile montante de la musique africaine, Sia Tolno a sorti, le 19 septembre, un tout nouvel opus : My Life. La chanteuse guinéenne raconte une enfance malheureuse. Mais quelle revanche ! Son nouveau disque cumule les pépites. Elle est, entre autre, la lauréate du Prix Découverte RFI 2011. L’artiste se produira sur la scène de l’Alhambra le 13 octobre, à Paris.

Enfant des combats et de l’exil, Sia Tolno est née le 21 février 1975 à Guéckédou, en Guinée. C’est pourtant en Sierra Léone qu’elle passera une grande partie de son enfance marquée par un père violent et deux marâtres qui feront d’elle leur souffre douleur. La jeune femme trouve refuge dans la musique et l’écriture. Dotée d’une grande patience et d’un courage à toute épreuve, elle finira par toucher le sommet après un parcours difficile. Aujourd’hui, c’est aux rythmes afro beat & blues qu’elle raconte son histoire en langue kissi mais aussi en anglais.

Afrik.com : Dans ce nouvel album, vous racontez l’Afrique mais aussi votre parcours, vos moments de peine et de joie. Quel message véhiculez-vous à travers « My life » ?

Sia Tolno :
C’est une sorte d’autobiographie. Je raconte mon enfance et les problèmes en Afrique. Lorsque j’étais petite je ne pouvais pas m’exprimer comme j’en avais envie. Je le fais aujourd’hui avec cet album. En faisant cela, j’espère donner du courage aux enfants qui traversent les mêmes difficultés que j’ai rencontré jadis.

Afrik.com : Dans vos chansons on devine à quel point vous êtes attachée à vos racines. Vous qui êtes une femme de lutte, qu’est-ce qui vous tient le plus à cœur en Afrique ?

Sia Tolno :
L’Afrique est un paradis naturel. Dieu a doté l’Afrique de choses que l’on ne voit nul par ailleurs. On a tout pour s’en sortir, l’or, les diamants, le pétrole. Mais pourtant tout semble si difficile. A croire que tout est fait pour nous pousser à la guerre. Je me laisse rêver à une réconciliation.

Afrik.com : Vous parliez d’enfance difficile. La votre n’a pas été des plus tendres. Cette période sombre de votre vie est-elle une source d’inspiration ?

Sia Tolno :
J’ai commencé à écrire à l’adolescence, à l’âge de 14 ans. C’est un âge où les jeunes ont besoin de s’exprimer. Avoir été séparée de ma mère à l’âge de 6 ans pour vivre avec un père violent a été un moment très dur. J’ai tout appris par moi-même, je suis une survivante. Je tire effectivement une partie de mon inspiration à travers ce vécu. Je ne peux pas oublier ce passé et en parlant sans tabou j’espère faire réagir tous ces jeunes qui subissent des maltraitances. C’est un message d’espoir que je leur envoie.

Afrik.com : Justement, vous adressez beaucoup de messages de paix, de lutte, surtout à l’attention des femmes. Vous souhaitiez devenir avocate, votre album n’est-il pas une sorte de plaidoirie ?

Sia Tolno :
On peut dire ça. La femme est par définition moins forte que l’homme et a davantage besoin des parents. Je pense que si une femme peut gérer correctement son foyer, alors elle peut en faire autant à l’extérieur. Elles sont indispensables et on peut compter sur elles. Mon message s’adresse notamment à toutes ces femmes qui n’ont pas eu une enfance facile et qui aujourd’hui sont tombés dans la prostitution, la drogue ou l’alcool. Comme les autres, ces femmes peuvent pourtant être très utile à la société. C’est dommage…

Afrik.com : Revenons à vos débuts. Vous commencez à chanter au cabaret « Copain d’abord » dans la capitale guinéenne. On vous surnommait d’ailleurs Whitney Houston et même Edith Piaf…

Sia Tolno :
Exact, je chantais de tout. Lorsqu’un client réclamait du Whitney Houston ou du Edith Piaf, j’apprenais les paroles et je lui chantais la semaine d’après. J’étais là pour surprendre les clients. Mais arriver dans un cabaret à 18 ans, un lieu où se mêlent musique, prostitution et drogue a été très difficile. Il faut savoir se faire respecter. J’y ai chanté pendant presque cinq ans et ce qui m’a aidé à tenir c’est l’amour.

Afrik.com : Après ces années de cabaret vous vous lancez dans le commerce d’huile de palme, puis vous participez à Africa star, l’équivalence de l’Eurovision en Europe. Vous vous faites remarquer. C’est la consécration…

Sia Tolno :
J’ai fais une pause pendant deux ans et je me suis lancée dans le commerce de l’huile de Palme avec mon compagnon de l’époque. Mais la musique était toujours là. J’ai décidé de me présenter à ce concours et je suis arrivée troisième du classement final. Pierre Akendengué (chanteur gabonais) m’a remarqué et m’a mise en relation avec José da Silva du label Lusafrica. Résultat : en 2009, mon premier album « Eh Sanga » (souffrance), est sorti. L’aventure continue aujourd’hui avec « My Life ».

Afrik.com : Vous êtes la lauréate du Prix Découverte RFI 2011. Que représente ce prix pour vous ?

Sia Tolno :
Beaucoup ! Et avant tout la reconnaissance de tout un travail. Je suis très heureuse.

Afrik.com : Si vous aviez à résumer votre parcours en deux mots, quels seraient-ils ?

Sia Tolno :
Combat et courage.